FreeTibet ! Fashion show Tibétain
Un beau dimanche avant la mousson,
près de la 'piscine' de Mc Leod Ganj, Dharamsala. Nombreux skinheads
frimeurs, hautains, Tibétains. Ah bon ils se rhabillent, passent leurs
robes de 'moines' par-dessus leurs bermudas ou mini-slips Joe Boxer, leurs
sandales Addidas et leurs débardeurs Reebok, sans oublier les Ray-Ban,
montres de marque et téléphones portables. Puis ils enfourchent
leurs motos dernier cri avant d'aller taper des emails propices à exciter
les atermoiements de compassion de leurs sponsors ou marraines occidentales.
Free Tibet ! proclament d'innombrables stickers, posters, cartes postales
et T-shirts, souvent arborés par des Israëliens (Pas vu Free Palestine!
)
Je gage que si le Tibet retrouvait
la très relative liberté octroyée à sa populace
misérable et analphabète du temps de la théocratie distante,
les 2/3 de ces 'moines' replets, de ces boutiquiers potelés et de ces
hôteliers comblés seraient atterrés, et choisiraient de
rester en Inde, où ils touchent de copieuses subventions des commissérants
Occidentaux. Le niveau de vie et d'éducation gratuite des réfugiés
Tibétains est une insulte permanente aux Rajasthanis de basse caste
(Lohar, Banjaras et autres) qui leur cirent les pompes de marque avant de
rentrer dormir sous leur bâche plastique.
Question de mode sans doute, Free Tibet est un slogan porteur en ce moment.
On va encore me taxer de pessimisme
chronique... z'avez qu'à voyager plus en
profondeur, plus longtemps, vous verrez la différence.
Deux mamies Tibétaines arrivent en gazouillant, elles déploient leur mini étal d'espèces de nouilles froides tibétaines. Ces deux-là ne sont pas 'dans le move' ni dans les gros salaires. Elles n'osent pas me proposer leur plat à 10 roupies, trop pauvre pour les moinillons et touristes Indiens ou étrangers. Je suis leur premier client, le seul pour un moment, car, à peine leur étal installé (et ma gueule arrachée par leur piment), la pluie se met à tomber. Dans la distribution de l'égalite selon St Coluche, 'Mieux vaut quand même naître blanc, riche, juif et bien portant à New York, que nègre, pauvre, basse caste et handicapé sous les tropiques'
Remarquable geste d'accueil de l'Inde en 1960, quand Nehru a offert au jeune Dalai Lama la station de Mac Leod Ganj, où il s'est installé en chef d'état et spirituel, entouré de milliers de fidèles, l'autorisant à 'régner' à nouveau sur ce petit peuple transplanté. Heureusement qu'il garde ses distances avec peuple et visiteurs, sinon il serait bientôt remis en question, comme les royaux d'Angleterre ('familiarity breeds contempt'), comme ces milliers de moines qui se pavanent dans la région, au plus grand détriment de la cause Tibétaine.
Et pourtant (séquence optimisme !), parmi les centaines de personnes agglutinées ce dimanche autour de cette piscine gratuite et non surveillée, pasteurs Gaddis envahis par les touristes hindous ou sikhs pollueurs, moines et autres Tibétains, basses castes Rajasthanis, je n'ai pas vu ou entendu le moindre accrochage, perçu la moindre aggressivité ce dimanche à Dharamsala.
Quant à moi, j'ai passé la journée presque sans parler (!), baignade, lecture, écriture, on me fout une paix royale. Quelques Punjabis, Sikhs, viennent me saluer, une charmante adolescente vient seule sur mon banc(caramba!!!), sous les regards réprobateurs des hindous middle-class, engage la conversation puis me présente sa famille de barbus enturbannés et de jeunes schtroumpfs, qui m'invite à prendre le thé et un snack à côté.
Ah oui, je suis le seul blanc
au bassin, alors que plusieurs centaines gravitent dans les environs immédiats,
mais ils mangent, fument et dorment dans les cafés et guest houses
prévus pour eux. De plus l'accoutrement et le comportement de certains
leur ferment la communication avec les indigènes
Un
nouveau groupe de moines skinheads, Reebok, Addidas, Timberland, chewing-gum,
walkmans et Sprite. Ceux-la viennent de faire un match de volley (débardeur
Potala 7). Nous voici bien loin des préceptes de détachement,
modestie et discrétion bouddhistes, bien loin des petits moines Teravada
du Laos, qui ne doivent pas monter sur une mobylette, même en passager,
ni danser ou chanter, afin de préserver la dignité de leur habit,
et de garder le respect de la population qui les nourrit. Ils n'ont le droit
de manger qu'avant midi, ce qu'ils ont reçu dans leur tournée
d'aumônes à l'aube. Je vois mal ceux d'ici faire la tournée
des aumônes et se contenter du riz collant qui leur serait offert. Je
vois mal le Haut Clergé Tibétain descendre de son piédestal
hautain. Ils exécutent les rites aux heures prévues, ânonnent
par habitude et conformisme, avant de se répandre dans les boutiques
et cafés de la ville, walkman sur les oreilles. Ils déshonorent
leur habit de moine, et leur réputation de Tibétains; tandis que
de gentils boy-scouts anglo-saxons viennent les 'développer' bénévolement.
D'autres viennent prendre des cours de méditation, musique, yoga, Reiki,
massage, cuisine locale et philosophie bouddhiste. L'heure est au développement
personnel, à tarif et horaires fixes bien sûr; pas question pour
l'occidental de s'éloigner de ses repères horaires, il lui faut
un cadre, un emploi du temps ('Ah ben la chuis à la bourre, j'ai mon
cours de yoga'). Heureusement pour l'instant seuls les Indiens nouveaux riches
se pavanent avec leur portable.


Découvert un petit livre d'Alain de Botton, Les consolations de la Philosophie. Approche pragmatico-ludique de la chose, ramenée à son intention première d'aider à vivre bien. Hier soir, visionné un film sur les stages de méditation Vipassana proposés dans les prisons Indiennes depuis 1994 par la remarquable Kiran Bedi. On peut toujours apprendre d'une autre culture, d'une civilisation différente, c'est ce qui donne au voyage sa dimension d'ouverture des esprits.
Hé, je peux me permettre de haranguer le clergé tibétain, une sorcière m'a affirmé dans le temps à Pondicherry que je suis la réincarnation d'un lama Tibétain, spécialiste de la guérison des corps et des âmes, et que si le Dalida me voit, il me reconnaîtra. Oui mais bon, moi je n'ai pas envie de reprendre l'habit, ma vie de bohème me convient pour l'instant. On verra plus tard. Om Mani Padme Um !



