CARNET
DE ROUTE 14
UN MONDE DE FIGURANTS
Kathmandu, cinquantenaire de
l'ascension de l'Everest, festival du film de montagne :
Film US sur l'ascension du Kilimandjaro : une douzaine d'Américains
de 16 à 65 ans grimpent par la voie Machamé ; 6 nuits sous tente
plus une nuit dans le cratère, superbe matos, grandes tentes isothemes
; le plus jeune est un black. Le seul noir local, qui n'apparait qu'une fois
dans le film, est le guide, qui décrit l'ascension en voix off. Pas
un autre Africain, pas un seul des 20 à 30 porteurs qui ont permis
à ce groupe d'atteindre le sommet sans rien porter ! Ces porteurs Chagga,
qui gardent sur la tête des charges de 20kg pendant 8 heures, avec le
sourire, en sandales dans la boue, sont une des composantes du Kili, comme
les sherpas pour l'Everest. Mais là encore on constate que pour les
Américains le reste de l'humanité est composée de figurants,
sur lesquels on s'appuie ingénuement pour parvenir à ses fins,
qu'elles soient économiques, militaires, sportives ou culturelles.
La
" super race ", qui tente de rajeunir et de se reproduire jusqu'à
63 ans pour
certaines femmes (Voice of America), tout en incitant les 'sous-races' à
se stériliser, dans des pays sans sécu ni retraites, où
une nombreuse progéniture mâle est le seul moyen d'assurer ses
vieux jours. On aboutira ainsi à une super race surarmée, surprotégée,
sans adversaires à armes égales, qui maintiendra le reste de l'humanité
sous le joug de la dépendance économique entretenue par l'hégémonie
culturelle et technologique. Une humanité réservoir illimité
de main-d'oeuvre et de 'pièces détachées' (trafic d'organes
et achat d'enfants), au service d'un monopole mondial.
L'un de mes lecteurs me taxe de
pessimisme chronique ; " Fais-nous rêver ! " m'enjoint-il. Pour
cela il suffit de lire un bestseller américain, affublé des inévitables
louanges des critiques du Boston Globe ou de l'Alabama Chronicle. On peut aussi
se plonger dans le dernier blockbuster cinématogaphique US, garanti 'le
film de l'année', Superman, 'vous croirez qu'il vole'
.Moi je pose
des faits, je montre des photos de gens réels, souriants, pas des photos
volées ou truquées ; tous les gens que vous voyez sur mon site
sont bien réels, lors de vraies rencontres ; leurs sourires viennent
d'instants partagés dans la joie de vivre. Tiens, Yves, voici de quoi
rêver, des faits, des chiffres, entendus à la BBC cet hiver, base
d'une nouvelle pour moi :
Une ville frontière Mexique-US . Revenus principaux, une usine US de
textiles
Employant principalement des Mexicaines de moins de 25 ans. 320 femmes (trois-cent-vingt)
ont été assassinées en 10 ans dans les environs, les trois
dernières découvertes dans le désert, ligotées -
snuff movies ? Des psychopathes US qui se paient des safaris au Mexique, genre
'l'Ile du Dr Moreau'? 320, ça fait plus de 30 par mois, aux US ou en
Europe ça ferait du bruit dans les médias un truc pareil - Ah
mais c'est des prolos mexicaines? Pas grave
Tiens, pour revenir à des sujets plus gais, tout en restant dans les
échelles de valeur : un tableau évalué à 81dollars
puis expertisé comme un authentique Van Gogh, s'est vendu 550 mille dollars.
Dali avait bien résumé ces conneries, en direct à la télé
: il trempe un fleuret dans de la peinture, fait un quelconque dessin en 10
secondes et s'exclame : "vous voyez ça? c"est de la merde!"
"mais maintenant je le signe Dali, et ça vaut 10 millions, parce
que vous êtes des cons!"
"Est-ce ainsi que les hommes
vivent ?" ( Lavilliers)
Ben oui, en voyageant, on côtoie sans cesse des gens de toutes sortes,
de tous milieux, de toutes cultures, et, pour peu qu'on aît intégré
les règles élémentaires du savoir-vivre international
(propre sur soi, souriant), on partage régulièrement leurs tranches
de vie, un aperçu de leur intimité.
Bien vite à l'étroit dans ces multitudes de microcosmes, si
semblables dans leur disparité, car toujours concernés d'abord
par leur univers restreint, puisque immobile, je rechausse avec soulagement
mes semelles de vent, pour voguer vers d'autres horizons, avant de me laisser
emprisonner dans le carcan des routines, des voisins insipides auxquels on
finit par attacher de l'importance, bref, de tout ce qui me rend la sédentarité
contraignante.