Naggar 09 octobre 2002
L'occident étend ses tentacules sur le reste de la planète, son emprise sur les économies locales lui donne un tel pouvoir d'ingérence qu'il se permet d'imposer ses valeurs morales hypocrites et malsaines à de braves gens qui vivaient tranquilles loin de ses contraintes. La civilisation occidentale est à l'origine des conflits les plus meurtriers, des génocides les plus épouvantables, au nom de la "bonne cause" et du "progrès de l'humanité" , et pourtant elle s'octroie ans vergogne le droit de sermonner et de policer le reste du monde, comme si l'occident meurtrier était le seul modèle à suivre.
Cette civilisation qui exploite
et méprise les 2/3 de l'humanité, oublie la poutre qui obstrue
sa vision du monde ! Non, je ne cultive pas le mythe du "bon sauvage".
Les dissidents seront broyés, étiquetés, empaquetés
au nom de la morale judéo-chrétiene, le pire remède contre
la joie de vivre. Après le goulag stalinien qui supprimait les dissidents
en les internant pour déviationnisme, le goulag libéral s'en
débarrasse en leur attribuant de nouvelles étiquettes infamantes.
Le but est d'effacer ceux qui peuvent gripper les rouages.


Fin octobre, vagabond sur la route du sud. Hé bien finalement j'ai choisi l'option détachement d'un lieu, malgré les inévitables déchirements que ce choix entraîne. Revu mes conditions de location de la maison de Naggar, dont les frais fixes ne sont pas en rapport avec mes revenus du moment ; de plus je m'apprête à m'éloigner du nord, sinon du pays, pour les prochains six mois. Il devient donc plus indiqué de ne la louer que lors de mon prochain séjour, d'ici le printemps. Ca faisait un moment que je me préparais au départ, et les pieds ont fini par me démanger, l'esprit nomade s'est fait impérieux, il devenait évident que je ne passerais pas l'hiver au froid, bien calfeutré dans ma maison, entouré d'amis chaleureux, mais un peu restreint par la force de l'habitude. Je ne suis pas encore mûr pour rester longtemps au même endroit, si agréable soit-il, le monde est trop vaste, et je n'aurai jamais tout vu.
Et puis avec les premiers frimas de l'hiver, l'envie de chaleur et de plage se fait sentir, donc un beau matin à l'aube, j'ai repris mes semelles de vent pour me lancer à nouveau à l'aventure vers le sud, sans contraintes de temps ni de lieu. N'ayant qu'un passager pour la Thaïlande, il était financièrement ridicule de ne pas annuler, d'autant qu'il ne risque pas de se perdre là-bas.
En août, la flamboyante
Oriana et la blanche Ophélie sont revenues passer quelque temps à
Naggar, et ont enrichi ma cuisine d'une superbe fresque, le genre d'attention
qui ensoleille les rapports humains.
Début septembre, Miguel,
jeune écrivain Espagnol, vient déguster une pizza chez moi et
s'enthousiasme pour une virée au Ladakh en moto. Ca tombe bien, voila
une balade dont je ne me lasse pas, et nous prenons la route du nord quelques
jours plus tard. Première nuit à l'hôtel de Keylong (3500m),
puis nous entrons dans le vif du sujet. Un peu tard en saison, moins 6°
devant la tente le matin à Sarchu (4400m), et Miguel souffre du mal
des montagnes. Le lendemain belle étape pour le lac salé de
Tso Kar (4500m) où nous passerons la nuit, entourés par les
troupeaux de yaks.
Pour mieux dormir, nous avons grimpé quelques centaines de mètres
au-dessus du lac avant de redescendre à notre campement, un petit rhum
pour fluidifier le sang, et on dort mieux. Au matin, après avoir annoncé
que nous avions le temps, je lève le nez et les nuages qui arrivent
au galop annoncent la neige ; on remballe en vitesse et on décroche
pour passer le Tanglang La (5420m) avant d'être rattrapés et
bloqués par la neige, qui nous colle aux basques. Monastère
d'Hemis, puis arrivée tranquille sur Leh, où les touristes brillent
par leur rareté, tensions Inde-Pakistan plus fin de saison ; la majorité
des hôtels et guest-houses ont déjà fermé pour
l'hiver. Nous sommes accueillis avec chaleur et enthousiasme par la charmante
famille chez qui je suis déjà passé l'an dernier.
Un tour vers Alchi, Lamayuru, sur la route du Cachemire ; Miguel ne s'est
pas bien remis des conditions d'altitude et du froid : il souffre d'une infection
du thorax ; heureusement nous avions convenu qu'il prendrait l'avion de Leh
pour regagner l'Europe. En tout cas ça lui aura permis d'arrêter
de fumer et de se mesurer à des conditions extrêmes, il repart
épuisé mais content.
Pendant quelques jours la route
est plus ou moins fermée par la neige, j'envisage de redescendre par
l'ouest, Srinagar et le Cachemire en plein émoi violent des élections.
Enfin un bon créneau climatique, malgré la chaleureuse invitation
à rester gracieusement à Leh, je prends la route directe à
6 heures du matin, sous une bruine pas très engageante. Chomdol, la
mère, qui m'a tricoté des gants et un bonnet de laine pendant
mon séjour, s'est levée à 4 heures pour me préparer
des gâteaux. Elle insiste encore pour que je reste, mais je ne veux
pas me retrouver coincé ici pour l'hiver, nous voici déjà
fin septembre et la neige ne fondra plus avant mai-juin prochain. Mes entrailles,
dès l'aube glaciale et humide, me forcent à quelques arrêts
d'urgence ; c'est bon, je ne prendrais que des aliments de course jusqu'à
l'arrivée, ça évitera ces désagréments.
Une fois lancé, enfin seul, sans charge d'âme ou de corps étranger,
sans contrainte de repas ou d'horaires, je n'ai nulle envie de m'arrêter
pour planter la tente dans le blizzard, et je roule allégrement sur
cette superbe 'route' presque déserte en cette fin de saison. Après
8 heures non stop, en doublant l'un des rares camions dans la montée
du Baralacha-la (5000m), j'accélère un peu trop et prends mon
envol sur un caillou rond lové dans la glace. Me voici coincé
sous la moto au bord du vide, tout couillon de ma bévue. Les camionneurs
affolés me décoincent, me massent les genoux, me sermonnent
gentiment, on redresse un peu la fourche et je repars. Juste après
le col, la route s'est effondrée sous le poids d'un camion, qui gît
dans la neige 50m plus bas, le chauffeur s'est éjecté à
temps, et il aide à reposer des pierres pour permettre le passage des
suivants. Mon pneu frotte sur le garde-boue, je m'en aperçois dans
la descente et passe une heure à retaper mon petit bolide. Le phare
a perdu son optique dans la chute, mais marche encore, je décide donc
de ne m'arrêter à Keylong que le temps de faire le plein avant
la nuit, pour passer le Rohtang-la (3900m) et les derniers 150km pour Naggar.
L'idée est de poursuivre tant que suis chaud, car un démarrage
demain matin, dans le froid et avec les contusions et courbatures, ne m'enchante
guère. Me voici donc rendu à Naggar à 22h30, après
17 heures en solo presque d'une traite, 500km pile sur la plus haute route,
ça mérite une bonne douche chaude !
Catastrophe, j'avais laissé au propriétaire les clés
pour qu'il construise une nouvelle salle de bains pendant mon séjour
au Ladakh ; je suis revenu une semaine plus tard que prévu, afin qu'il
ne perde pas la face, et les travaux n'en sont même pas à la
moitié ! C'est alors que je commençai à envisager de
quitter les lieux, au moins durant la saison froide.
Dès octobre en effet il faut chauffer cette grande maison aux plafonds trop hauts, bien agréable l'été, mais pas besoin de frigo
Adoncques après mûre réflexion et longues hésitations, me voici en route vers le sud ; une longue journée pour descendre à Delhi, où je ne vais pas m'attarder, ensuite direction Poona où je devrais pouvoir prolonger mon visa, voire obtenir un permis de résidence pour un an, ce qui me permettrait de descendre tranquillement sur Goa, le Karnataka et les régions reculées du Kerala. Je tenterais bien la traversée sur Kodaikanal par les pistes forestières, mais le bandit de grand chemin Veerapan aux fières bacchantes contrôle les lieux. On verra sur place. De toutes façons je maintiendrai un minimum de contact par mes carnets de route, ça m'évitera d'écrire des emails collectifs et de me ruiner dans des connections rares et hasardeuses. Sinon, un coup d'aile m'amènera au Sri Lanka, où les hivers sont plus doux qu'en région Gauloise
Quel luxe de pouvoir de temps à autre partir le nez au vent, en direction du soleil, sans souci du lendemain (pour l'instant du moins).
La pensée du mois : l'Occidental perd un temps et une énergie considérable, au cours de sa vie, à se poser les questions suivantes : "Qui suis-je ? Que suis-je ?" reprises par Gauguin dans son tableau "Qui sommes-nous, d'où venons-nous, où allons-nous ?"
Cet impérieux besoin de se définir et de définir les autres tente de nous rassurer sur notre position dans l'univers et parmi les hommes. "Qu'est-ce que vous faites dans la vie ?" "C'est un communiste/capitaliste/gauchiste/intégriste/sado-masochiste etc...." alors qu'il nous handicape en nous réduisant à ces étroites définitions, dont il devient difficile de s'extraire. Contentons-nous d'être, c'est déjà pas mal, sans nous tracasser inutilement sur des étiquettes. L'Asiatique ne perd pas son latin dans ce type de conjecture : il sait très tôt à quelle tribu, caste, village il appartient, c'est souvent résumé dans son nom, il ne lui reste donc que le souci de vivre bien, en harmonie avec l'humanité, sans chercher à se définir par rapport au reste du monde, sans nécessairement définir ses semblables ou dissemblables, surtout s'ils sont étrangers à son mode de vie. Est-il bien nécessaire de vouloir toujours tout comprendre, tout expliquer et classifier ? Est-ce que la girafe réticulée se soucie du nom dont on l'affuble ? Ou le chameau, qu'un abruti de zoologue, enfermé dans son exigu bureau d'un quelconque institut, a décidé de nommer dromadaire, à l'encontre de son nom courant partout dans le monde, y compris sur les paquets de cigarettes !
Nous approchons de Diwali, l'équivalent
de Noël en Inde, fête des récoltes, échanges de cadeaux,
pétards.
Et me voici à nouveau avec un abcès au groin ! Ca devient lassant,
je me demande s'il retrouvera sa taille initiale, pour l'instant je ne sors
que la nuit, afin de ne pas effaroucher les passants par cet appendice nasal
démesuré.
Tiens je retrouve un vieux courrier, réponse à une lettre d'une jeune amie, et je ne résiste pas à l'envie de le partager
Vashisht, Himalaya, minuit 30, le 11 décembre 2001
Bonsoir très chère,
Je suis tranquille au lit, dans
une petite auberge près des bains chauds, j'ai rallumé en pensant
à ton dernier courrier, activé mon ordinateur et remis des concertos
de Mozart dans ma boîte à musique portative. Dehors il pleut,
premières pluies depuis longtemps, ça tombe bien pour les fleurs
de mon jardin, que j'oublie toujours d'entretenir, comme mes 'amitiés'.
Demain, j'espère que le matin se lèvera sur un manteau de neige
scintillant devant le bleu profond du ciel d'altitude ; déjà
les sommets environnants sont tout blancs depuis un moment. Ca me rappelle
les petits matins dans les Alpes, quand, vers dix ans, je grattais le givre
des carreaux doucement, pour que se révèle petit à petit
la splendeur d'un matin enneigé sur les montagnes, les sons étouffés
par la couche de neige fraîche, les derniers flocons qui se posent gracieusement,
les glaçons qui brillent sous les corniches, et qu'on s'empresse de
casser pour en sucer la 'substantifique moelle'. Ensuite boules de neige,
bonhomme de neige, luge, ski, chocolat chaud onctueux et gaufres au sucre
glace, puis le soir une gigantesque fondue ou raclette, avant d'aller se glisser
entre les draps blancs raidis par le froid.
Fin de la séquence nostalgie.
Ta lettre appelle quelques remarques.
Il y a un moment que j'ai dépassé le stade de développement
où tu m'as connu.
Il est regrettable (pour qui d'ailleurs ?) que l'image que tu t'es formée
de moi n'ait pas évoluée, elle ; mais c'est compréhensible
vu la distance qui nous sépare; pas que les kilomètres bien
sûr...
Vers seize ans, tu t'es forgé une image d'Epinal sur un chevalier errant, libre, sans attache, sans contrainte, partant à l'aventure vers des contrées exotiques, décidant de ses actes sans souci de la réprobation éventuelle de ses contemporains. J'ose espérer que tu ne lisais pas des romans pour jeunes filles...
Vers seize ans je criais ma révolte au monde, je conchiais l'adulte résigné que je craignais de devenir un jour, à l'instar des innombrables déçus de la vie que je percevais déjà dans le monde des sérieux. Je voyais bien que la plupart abandonnent leurs rêves d'enfants et d'ados en route, et délaissent ainsi ce qui faisait d'eux des personnes intègres, passionnées et passionnantes. Ils lâchent leurs rêves, puis leur poésie, puis leur généreuse volonté de changer le monde, et ils rentrent dans le rang, résignés à ne jamais réaliser pleinement leur gigantesque potentiel de génie humain.
En même temps, je me sentais attiré par la pensée bouddhiste, le dessin, les voyages, l'ethnographie, la lecture et l'écriture, et aussi par quelques jeunes créatures... C'était mon époque "mignonne allons voir si la rose... Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie". Pas très efficace comme approche, mais je n'ai jamais pu me résoudre à la trivialité de "la drague". Bref, si j'étais précoce en ce qui concerne la réflexion philosophique et l'analyse politique, mon évolution psycho-sexuelle traînait encore dans les limbes onanistes.
Ensuite, tout arrive, bien qu'un peu tard, je me suis développé de ce côté-là également ; mais j'ai sans doute exulté bien moins souvent que tu l'imagines ! J'ai eu comme tout occidental frustré sexuellement et surtout affectivement, un stade de fringale en ce domaine, peut-être plus polymorphe que certains, mais bon, pas de quoi faire un roman qui se cantonnerait à cette seule facette de ma personnalité. D'autant que j'étais encore impubère à l'époque bénie de la 'libération sexuelle', et trop niais et timide pendant l'adolescence pour saisir les nombreuses occasions qui se présentaient. Ah, toutes celles ou ceux qu'on n'a pas eus, par manque de confiance en soi ! Et quand, quelques années plus tard on se remémore l'anecdote, comme on rit jaune de sa gaucherie passée ! Mais bon, la période romantique a du bon aussi, quand on se ronge les sangs pour une créature qu'on affuble de toutes les qualités, juste parce que l'on confond désir inassouvi et amour éternel ! J'ai parfois revu ainsi, un ou deux ans plus tard, quelque Sylvie hollandaise dont j'étais l'amoureux transi, un été à l'Alpe d'Huez, et je m'apercevais avec effroi qu'elle n'avait plus aucun charme à mes yeux, parce que depuis son époque mes désirs s'étaient portés sur d'autres objets.
Ne crois pas que je me livre ici à une méga confession, à une réponse ciblée à ta lettre ou à une longue introspection nombriliste due à une insomnie. Tout simplement j'aime écrire, et, tu me connais là-dessus au moins, quand j'aime, je fais. C'est là une activité que le nouvel ordre moral tolère encore en apparence, tant que l'auteur de l'écrit s'inflige une salutaire autocensure ! Et puis Gigi m'a amené mon portable, et c'est un vrai plaisir de pouvoir pianoter sur mon clavier quand l'envie me prend, et d'écrire en prenant le temps ; d'autant que les connections d'ici sont à pleurer de désespoir!
L'un des jugements qui me chiffonne
dans ta lettre, c'est que tu attaches encore de l'importance à ce qu'on
'fait', alors que ce qui compte vraiment, à mes yeux en tous cas, c'est
ce qu'on 'vit'. La course aux diplômes, à la réussite
sociale, aux avantages matériels, à la sécurité
affective, n'offre pour moi à présent pas plus d'attraits que
le caveau où elle mène inéluctablement. C'est là
encore, à mon niveau du moins, une question de stade dans mon développement
; un peu comme lorsque je me consacrais aux compétitions de natation
ou de ski quand j'étais collégien ; les quelques médailles
que je gagnais me paraissaient si importantes à l'époque ! Puis
les quelques diplômes ou certificats que j'ai pu glaner en route, avant
de comprendre que ces ferrailles et bouts de papiers n'avaient d'importance
réelle que pour les miteux qui les distribuaient ! Crois-tu que Rimbaud
ou Van Gogh auraient brillé autant s'ils avaient poursuivi dans "la
bonne ornière?"
S'ils avaient respecté les règles du jeu des vieux cons aigris,
les hommes qui ont changé le monde, en bien ou en mal, se seraient-ils
réalisé ?
Car c'est bien cela qui me semble important à présent, se réaliser,
non pas aux yeux de ses proches ou des mandarins qui tentent de nous imposer
leurs règles d'assis, mais selon nos propres valeurs, par rapport à
l'idée qu'on a de soi, de l'homme, de la vie, de l'éphémère
qui en fait la beauté fragile.
Dans les Mémoires d'Hadrien
de Marguerite Yourcenar, le futur empereur, à quarante ans, s'interroge
avec angoisse sur ses chances de gouverner un jour ; pas tant par appétit
de pouvoir que parce qu'il a compris que la majorité des hommes meurent
sans s'être réalisés. Qu'importe le chemin, qu'importent
les conséquences et résultats ! Conséquences et résultats
ne seront jamais que temporaires ! Quelle importance pour le monde que tel
athlète ait couru le 110m haies en 10 ou 11 secondes il y a 10 ou 20
ans, ou cent ans ? Si tel chercheur a trouvé l'une ou l'autre merveille
technologique ou médicale, est-ce plus important pour sa vanité,
pour sa réalisation personnelle, pour servir ses contemporains ? Est-ce
que les premiers pas d'Armstrong sur la lune ont apporté un bien quelconque
à l'humanité ? Est-ce que de séparer des siamoises zaïroises
les empêchera de se faire massacrer par la suite, pourquoi libérer
une baleine prisonnière des glaces ? Dans l'optique du 'vivre et laisser
vivre', on pourrait penser que ce qui arrive à toute créature
est inscrit dans son destin ou ses gènes, selon l'interprétation
religieuse, philosophique ou scientifique.
Si on suit le raisonnement Hindou (1 milliard) ou bouddhiste (1 paquet) ce
qui lui arrive n'est que la conséquence logique des actes de sa vie
antérieure, l'une des tribulations sur la voie de sa libération
finale. A propos, heureusement que 1 milliard d'Indiens, 1 milliard de Chinois,
et 1 ou 2 milliards de pauvres se mouchent dans leurs doigts et n'utilisent
pas de PQ ou de couches-culottes, il n'y aurait plus de forêt ! D'où
l'intérêt de se poser des questions avant d'aller jouer les Mères
Thérésa dans des sociétés qu'on ne capte pas.
Cette sainte femme a contribué à multiplier le nombre d'indigents
qui convergent sur Calcutta des autres villes indiennes, alors que, aux dires
de certains Indiens, chaque ville en avait une quantité gérable
auparavant. L'Inde est par ailleurs un pays autonome et autosuffisant au point
de vue santé et alimentation, exportateur de riz et autres aliments.
Indira Gandhi le déclarait en 1968, c'est avant tout une question politique
de répartition et d'évolution des mentalités dans ce
vaste pays qui compte près de cent millions de millionnaires et où
l'on ne mange ni vaches ni bufs, même morts naturellement, on
les brûle ou les enterre !
Mais là n'est pas la question, le problème éthique profond, c'est qu'il est à long terme destructeur d'établir un tel rapport de dépendance d'une personne, d'une société, ou d'une culture. Il suffit de regarder vers l'Afrique, ce continent que les occidentaux ont conquis à l'aide des missionnaires, qu'ils ont exploité, réduit en esclavage, puis décérébré en éradiquant ses fragiles civilisations orales, avant de lui octroyer une pseudo indépendance qui le livrait à la merci de rois nègres sanguinaires et autres tontons macoutes au service des intérêts blancs qui financent leurs caprices. L'Afrique a droit à présent aux nouveaux missionnaires, les 'connards humanitaires protestants' (Houellebecq) venu leur prêcher les valeurs occidentales et les vertus de l'hygiène quand les survivants n'auront pas de quoi bouffer, leur distribuer nos surplus alimentaires au lieu de leur apprendre à se débrouiller. Résultat, un continent dépouillé de son âme, un continent d'assistés et de mendiants, le regard implorant tourné vers les caméras avides des blancs dès que le vent se lève!
Alors oui, peut-être bien
qu'il vaut mieux ne rien 'faire' que faire semblant de 'faire', sous le pauvre
prétexte de se croire utile, quand en fait on ne fait que renforcer
cet état de dépendance abjecte. Lénine ou Trotski disait
que de donner à bouffer à un misérable, c'est le meilleur
moyen de l'empêcher de se révolter, il supporte un peu plus longtemps
sa misère, et on le détourne des causes de cette misère.
Tout est politique, à commencer par le non-engagement. Je redeviens
cynique, moi qui essaie de te faire comprendre que j'ai atteint une certaine
sérénité dans le détachement des dépendances
matérielles, affectives ou idéologiques ! En fait je suis plutôt
au stade Voltairien de 'cultivons notre jardin'
Je t'ai transmis le courrier d'un ami qui 'fait' quelque chose, avec ses modestes
moyens, dans le sud de l'Inde; ça devrait éveiller ta compassion.
Quant à moi, je le connais bien, et je lui ai déjà dit
d'arrêter de geindre en prétendant porter la misère de
ses gamins comme une croix; il y prend plaisir, parce qu'il se sent terriblement
seul s'il ne s'occupe pas des autres. Il m'arrive d'aider ponctuellement quelqu'un
ici ou ailleurs, mais discrètement, brièvement, sans en faire
étalage, même pour te prouver que je fais quelque chose.
L'essentiel de ce que je 'fais',
et c'est déjà beaucoup, c'est que je vis selon mes idées,
qui peuvent évoluer sans se ternir, et que si je rencontre aujourd'hui
le petit con prétentieux que j'étais sans doute déjà
à seize ans, je pourrais lui dire: "Ben tu vois mon gars, je t'ai
pas encore trahi" Et j'ai pas l'impression que je vais le trahir de sitôt,
cet ado que je cultive et respecte encore, 'l'homme révolté'
de Camus, tant que je vis à mon rythme, selon mes règles, mais
pas si fermé au reste du monde qu'il peut sembler de loin. En fait
j'ai rarement approché autant la sérénité, parce
que je ne m'ennuie pas, seul avec moi-même. Sans être un ermite,
je ne recherche plus trop la compagnie, j'apprécie les visites, comme
j'apprécie la solitude, sans télé pour la noyer, parce
que c'est un choix, pas une condamnation aux oubliettes de l'Occident. On
vit très bien loin de l'Occident, du moins quand on vit dans un pays
qui n'a pas renié sa culture.
03heures 30, 3 heures que je tapote ! Coupure de courant, je termine à
la frontale.
Bonne nuit.
A propos de multinationale, je vais devoir écrire plus en anglais, car il faut bien se rendre à l'évidence, c'est devenu le seul langage vraiment global, ce qui condamne les auteurs d'écrits en d'autres langues à ne pas être lus et compris par la majorité des humains. Par là-même ils réduisent leur lectorat à une tranche de la population qui partage des intérêts et une conception du monde moins globaux.
Au milieu de toutes les atrocités entrevues aux news, une nouvelle qui mérite qu'on la note, avant qu'elle soit oubliée : Le Dr Ashok Khosla, un éminent scientifique Indien, vient de recevoir un prix de l'environnement de 200000 dollars des Nations Unies, pour avoir introduit des technologies écologiques à coût réduit. Cet 'Eco-Héros' s'est donné pour tâche d'aider les zones rurales Indiennes à produire de l'électricité à partir de déchets agricoles, à recycler le papier et à fabriquer des tuiles économiques. C'est un sujet que j'avais abordé avec un des indécrottables de Naggar, en lui suggérant de mettre en place un système de recyclage des ordures et une microcentrale sur le ruisseau. Comme il est de haute caste, il ne pouvait envisager de se souiller au contact, même éloigné, de déchets impurs. Heureusement, certains Indiens voient plus loin que leur intérêt personnel et passent aux actes de façon désintéressée et pragmatique.
Imaginons que l'Inde et la Chine effectuent un rapprochement véritable aboutissant à une solide coopération économique : voici deux puissances non-alignées, loin d'être serviles envers l'Amérique, et qui une fois réunies pourraient devenir une nouvelle superpuissance de 2 milliards d'individus, un marché gigantesque qui contrôlerait l'Asie et serait à même de s'opposer fermement aux pressions Américaines, sans céder comme l'Europe aux menaces de rétorsion économique. N'oublions pas que l'Inde est le seul pays qui a osé, sous Rajiv Gandhi, virer Coca Cola du pays pendant 12 ans parce qu'ils refusaient de fournir la liste de leurs ingrédients. Bon, à continuer comme ça je me répète, et vais finir par attirer l'attention d'un bureaucrate Américain préposé à la surveillance des écrits dissidents. Comme la rétorsion économique n'est pas une menace apte à faire taire les individus, il faudra qu'ils inventent d'autres méthodes, pas si éloignées de celles du KGB, qui appartient désormais à la CIA. Comment ça parano et prétentieux ? J'espère que je me trompe, mais qui peut dire que la liberté d'expression est une notion appréciée de Georges Buisson et de sa bande de gais lurons ? N'oublions pas que l'un des premiers missiles U.S. sur Kabul a anéanti le relais TV de la chaîne Al Jazeera du Qatar, le seul média qui refusait d'être servile à la cause, malgré de lourdes pressions, et le seul sur place, donc le seul témoin des exactions commises. C'est bien Georges le Sanguinaire qui a dit " ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous !" Ben ça promet, vu que je ne suis pas vraiment un de ses fans
Une rencontre heureuse au bord
de la route : une famille de jeunes Hollandais dans un camion aménagé
comme un bateau. Xristof, ex-investment manager, Hannecke ex-psychologue d'entreprise,
ont mis leur maison en location, acheté un Mercedes 4x4, et embarqué
leurs 3 bambins dans l'aventure. Ils sont en route depuis 7 mois, contre l'avis
de leurs familles et amis. Ils ont visité Kathmandu et descendent voir
à quoi ressemble Goa, regard nostalgique sur la 'Hippy trail'. Nous
nous croisons au petit matin, je m'invite pour le breakfast qui dérive
en café philo pendant 3 ou 4 heures. Pour fêter cette rencontre,
je sors de ma besace un cadeau précieux de Ghis : des rillettes d'oie
de chez Fauchon, que j'avais emporté pour une occasion exceptionnelle.
Les amitiés instantanées du voyage sont des cadeaux de la vie.
Un peu comme lorsqu'on établit un rapport profond et immédiat
dans un train de nuit, avec quelqu'un qu'on ne reverra probablement jamais,
les barrières et conventions tombent ; pas de souci du qu'en-dira mon
voisin. C'est sans doute ce qui séduit les usagers des chat-rooms d'internet,
ou du minitel chez les Cro-Magnon hexagonaux, pour ceux qui sont restés
derrière, enfermés dans leurs maisons.
On se reverra sans doute quelque part sur la route, d'autant que les nouveaux
voyageurs ont l'avantage énorme de pouvoir garder le contact par email.
On a envie de se faire du bien, de se rendre service, d'échanger des
news utiles ou des petits riens qui adoucissent la vie. Un peu de douceur
souriante, humaine, désintéressée, on se sent généreux
et pacifique, envie de donner juste pour faire plaisir, parce qu'ils sont
libres et sympathiques, enthousiastes devant leur nouvelle vie de nomades
; ils envisagent de visiter l'Afrique, qui sera moins cool.
Internet et le fax ont aussi transformé les nouveaux 'néo-ruraux' qui s'installent dans les campagnes ; ils ne sont plus cantonnés à élever des chèvres tout en singeant les paysans traditionnels, obligés pour se faire accepter d'être plus sérieux et appliqués que les plus réactionnaires de leurs voisins, ils finissent par se condamner à des vies de paysans arriérés du 19ème, parce qu'en plus ils ne regardent pas la télé, objet beauf et anti-écolo, quels sinistrés du ciboulot on croise encore en Ardèche !
Attention, je n'éprouve
pas de mépris pour mes contemporains, juste parfois une certaine compassion,
quand par exemple je pars en petite fugue au soleil. Ondoyant gracieusement
sur une petite route de montagne au Ladakh, en Thaïlande, ou comme maintenant
dans des coins paumés du sous-continent Indien, il m'arrive d'éclater
de rire en pensant 'Tiens on est lundi, il y a de par le monde des malheureux
qui sont tirés du lit chaque matin par la sonnerie d'un réveil,
puis se précipitent sur leur café, en écoutant les infos
d'un monde qui tourne avec ou sans la connaissance qu'ils en ont et ne les
concerne que de loin ; ensuite ils se précipitent dans leur véhicule
à crédit pour exercer une vague activité, qu'ils n'apprécient
pas toujours, et dont la finalité leur échappe souvent, hormis
qu'elle leur permet de financer l'achat, en général à
crédit, de 'choses' plus inutiles les unes que les autres'. Parfois
ils se payent des vacances, dont l'attrait principal est qu'ils ont enfin
le temps d'être un peu libres, de se lever ou coucher à leur
rythme, et de musarder toute la journée dans un hamac ou au bord d'un
ruisseau. Mais en général ils ne musardent guère, car
le temps leur est compté, ils n'ont que 15 jours ou 1 mois pour recharger
leurs batteries ; il faut donc en faire le maximum, profiter de 'l'Espace
Liberté' qu'ils s'accordent, d'autant que ce temps libre aussi, ils
l'achètent. Ensuite, avant de repartir (on programme toujours une demi-journée
libre dans ce but) , ils se précipitent dans les boutiques, pour acheter
les souvenirs et cartes postales obligatoires : 'j'y étais, en tout
cas mon corps y était, la preuve, voyez donc la gondole ou la pyramide
avec la neige quand on la retourne ! Pas cher d'ailleurs mais il a fallu marchander
!' Ah et les photos, combien partiraient en voyage sans appareil photo, témoignage
irréfutable qu'ils y étaient ! Un groupe de Français
au Ladakh, monastère d'Alchi, 1000 ans, fresques superbes bien conservées
dans la pénombre, flash interdit bien sûr ; bien sûr le
beauf de service prend une photo au flash dès que son guide passe le
coin ; une femme lui fait la remarque que ce n'est pas bien, 'On n'est pas
gentils, on est Français !' Pauvre France ! Voltaire, Montaigne, Rimbaud,
pardonnerez-vous à l'engeance qui vous succède ? Il y a deux
ans, groupe de Français à Abu Simbel, même scénario,
mais les Egyptiens, dont les antiquités sont le fond de commerce, sont
aux aguets : la mamie coupable du jet de flash se voit saisir son appareil
; devant tout le groupe de beaufs muets, prêts à collaborer,
la voici qui abdique toute dignité et bêle derrière le
gros égyptien, en français, elle le supplie en sanglotant 'S'il
te plaait, reend-le mooa!' Ca se négocie derrière une colonne,
elle fait son rapport aux autres, ça lui a coûté 10 ou
20 livres, ça fait cher la photo mais elle aura une anecdote à
raconter lors de la soporifique soirée diapo.
Espace Liberté, Espace Enfants, Espace Fumeurs
C'est amusant,
quand je passe en France, de voir à quel point les idées passent
maintenant par des expressions de slogans publicitaires dans ce pays, tout
beau tout creux : 'La liberté, si je veux !' (Club Merdre à
1999 Euros la semaine), ou bien 'Loréal, parce que je suis une catin
!' (Loréal finançait les activités des fachos de La Cagoule,
de l'Espagne Franquiste au Paraguay). Ca me rappelle le remarquable film 'Paradis
pour tous' dernier rôle pour Patrick Dewaere, acteur sensible qui ne
dissociait plus ses rôles de sa vie. Dans ce film, suite à une
tentative de suicide, il est rééduqué-réinséré
par le biais d'une nouvelle psychothérapie qui pousse les patients
à s'identifier aux slogans publicitaires de la télé.
Cette analyse acide de l'occident malade a achevé de déstabiliser
Dewaere, qui s'est flingué dans la foulée.
6 novembre 2002, Georges-Adolf Buisson remporte une victoire électorale historique, il contrôle à présent le congrès et le sénat ; plus rien ne s'oppose désormais à son expansion et à sa guerre coloniale contre l'Irak, hormis quelques petits pays au ventre mou, France, Allemagne, Russie ; la domination des Américains est totale. Le peuple Américain, comme avant lui le peuple Allemand, est fasciné par sa puissance illimitée, il suffit de voir les foules en délire agiter leurs petits drapeaux à étoiles ou swastikas en adulant les pantins dangereux et méprisants qui les abusent pour comprendre que le devoir de résistance personnelle est une question urgente de dignité. La résistance n'est pas nécessairement violente, il y a déjà une grande force dans le refus de collaborer, économiquement et culturellement. Achats éthiques, investissements éthiques, c'est pas vraiment prise de tête contraignante, et on se sent mieux ; l'hégémonie américaine, elle se construira plus lentement sans nous. Einstein le résumait ainsi " Ne faites jamais rien contre votre conscience ". Mais l'histoire se répète, et 70% des Français collaboraient déjà avec l'occupant Allemand sous prétexte que leur gouvernement collaborait, et que de toutes façons " ils sont trop forts, ils contrôlent tout, on ne peut rien faire ". Le livre 'Civilian-Base Defense' de Gene Sharp traduction française (par moi, pub !) 'La Guerre Civilisée' (PUG 1995, fnac) explique les diverses manières de couper le pouvoir à sa source, Les 'terroristes', comme on les appelait à l'époque, ont résisté en leur âme et conscience, et l'histoire leur a donné raison, sinon les Français seraient Teutons, ce qui serait mieux au niveau rigueur et efficacité, mais aux dépens de leur identité culturelle. Oh bien sûr il y a des soubresauts de résistance culturelle, genre ministère de la Francophonie qui va débattre pour nommer l'email 'courrier', dans ce pays qui n'a pas encore rattrapé ses 3 ans de retard sur le reste de l'Europe en ce domaine ! Quand même il y a les quotas sur les films et chansons U.S. dans les émissions françaises, c'est un point positif. Et MCM, french music channel, s'exporte bien mieux que l'indigeste et poussiéreuse TV5, véritable monument d'archéologie télévisuelle. Bien sûr la raison principale de ce succès réside dans les clips sexy. Encore un symbole de la misère sexuelle occidentale : pas une chanteuse à succès sans élément érotique, sans clip sexy, on ne voit plus souvent des physiques Colette Magny, la femme-objet de fantasmes domine toujours l'imaginaire collectif. Otez l'image, il n'y a plus rien. Dans le même ordre d'idées on ne voit pas de sex-shops en Thaïlande, parce que les fantasmes y sont réalisables, et donc on ne bloque pas sur ces détails, alors qu'en Occident ils restent dans le domaine inaccessible, favorisant un énorme marché lié à l'onanisme, et bloquant l'ouverture au monde de millions de frustrés, qui littéralement ne 'pensent qu'à ça', comme les moines ou prêtres forcés au célibat. La voie du bouddhisme tantrique les délivrerait plus sûrement de leurs obsessions que toutes leurs pénitences, et ils pourraient enfin s'élever un peu dans la voie de la libération et de la sagesse !
Croisé un couple de touristes, madame le bras accroché à monsieur. Ben quoi, ils ne peuvent pas marcher sans s'appuyer l'un sur l'autre ? Ah oui c'est une expression de tendresse et un moyen de se rassurer et de marquer sa possession de l'autre aux yeux du monde. Je suis un indécrottable célibataire analytique, mais pas aigri merci. Fidèle à Montaigne, je savoure chaque jour comme si c'était le dernier, chaque instant de liberté je le respire et le ressens comme un cadeau. L'autre jour, une pause au bord d'un lac (qu'importent les noms des lieux), deux étudiants viennent m'inviter à prendre le thé dans leur ferme. Le père, Sikh enturbanné, ne parle pas un mot d'anglais ; il est chef de la cellule communiste de la région ; la mère nous apporte du thé, puis salade, lassi, dhal et riz, légumes du jardin, des chapatis aussi, on déguste paisiblement tout ça sous un pommier, on fait un tour des terres ; derrière, le grand-père, 95 ans, ex-soldat de l'armée britannique, emprisonné pour avoir refusé de tirer sur ses compatriotes ; je lui serre la main, un petit temps d'émotion, promesse de repasser un jour, je reprends la route ; un instant privilégié parmi tant d'autres, les petits bonheurs du voyage.
L'une de mes grandes joies, c'est, après avoir côtoyé un temps d'autres modes de vie, de refaire mon bagage tranquillement, de me préparer, parfois sur plusieurs jours, et de quitter les lieux avant l'aube, adieux potentiels faits la veille "Si je me réveille tôt, je partirai peut-être demain". Ca évite les atermoiements du départ, et j'appareille sereinement, nouvelle destination, nouvelles rencontres, une piste s'ouvre dans la jungle, je quitte la route, baignade, méditation solitaire au bord d'une rivière, invitation au thé dans un village qui ne voit jamais d'étrangers, tranche de vie simple partagée un moment, et je reprends ma route, content d'échapper à l'ennui contagieux de ces braves gens ; chacun va son chemin, le mien s'éloigne des racines.
'Comme un espadon dans une baignoire'
Merci encore à Ghis pour toutes ses petites attentions, dont quelques
cassettes choisies, entre autres Alain Souchon/Laurent Voulzy, que je ne fréquentais
pas. Commentaires tendres-acides sur les vies ordinaires, cassées par
la routine. Extraits :
" Tu la voyais pas comme ça ta vie frérot,
moi aussi j'en ai rêvé des rêves, tant pis
Tu la voyais grande et c'est une toute petite vie,
Mais qui t'a cassé ta boule de crystal, cassé tes envies,
rendu banal, petit caporal de centre commercial ?
Doucement la vie t'as mis K.O.
T'avais huit ans quand tu t'voyais, et ce rêve-là on l'a tous
fait
On va tous pareils moyen-moyen, la grande aventure Tintin,
Moi aussi j'en ai rêvé des cornemuses, terminé,
maintenant qu'est-ce qui t'amuse?
Tu la voyais pas ici l'histoire, tu l'aurais bien faite au bout d'la Loire,
Mais qui t'a rangé à plat dans c'tiroir,
Comme un espadon dans une baignoire ?
T'es moche en week-end, tes mioches qui traînent,
Loupé capitaine de fête foraine,
Tu la voyais pas comme ça ta vie frérot
"
