Reconnaissance en solo à Java.

 

Mon baptême indonésien, c'est à Bali que je le fais. Endroit enchanteur, béni des Dieux ? Cela reste à prouver.
Le Sud de l'île, touristique à souhait prend des petits airs de Californie.
Côté océan, la longue plage de sable blond où déambulent les Australiennes en bikini. Sur les vagues, les surfeurs attendent le bon spot, allongés sur leur planche.
Coté ville, hôtels en ligne, cafés, restaurants, boutiques attendent la fin de la journée pour se remplir et s'animer jusqu'au bout de la nuit. Une certaine idée des vacances en somme !
Au milieu de toute cette chair huilée et bronzée, les Balinais et les nombreux Indonésiens en vacances essayent de se protéger comme ils peuvent, du miroir aux alouettes auquel ils n'ont pas vraiment accès.
Paradoxe, le blanc se déshabille pour entretenir sa peau cuivrée, souvent à la limite de l'incorrect. Le local lui se baigne tout habillé pour ne pas accentuer cette peau déjà bien tannée par un soleil brûlant.
Je suis ici de passage. Trouver une moto reste ma priorité.
Pas si évident quand l'on veut changer d île avec. Dans le cœur des Balinais, Java n'a pas une très bonne réputation. Mais avec un peu de persuasion et un sourire sympa, on arrive à tout !
Aujourd'hui, je pars enfin. Le ciel est menaçant, les nuages près à se rompre. Qu'importe, je file plein ouest sur ma petite Honda Tigger de 200cc. On ne trouve pas plus puissant ici ! De toute façon, rien ne presse, j'ai tout mon temps.
La circulation, dantesque, se réduit rapidement dès que l'on quitte le grand Sud.
La route, excellente, à faire pâlir de jalousie notre plus belle RN, serpente entre les rizières et les cocotiers. Parfois elle longe la côte où les rouleaux déchaînés s'éclatent dangereusement sur des plages désertes de sable noir.
Aucun bateau de pêche à l'horizon. Le Balinais n'aime pas la mer. Elle renferme les êtres malins et mauvais ! Malheur à qui si frotte !
La route est soudain bloquée. Une foule dense et compacte fait barrage. L'on cri, l'on court en tout sens. Tous sont habillés de blanc et de noir. Les femmes suivent les hommes. C'est un mort que l'on transporte. Sa dernière demeure sera les flammes d'un bûcher.
Il fait chaud et je meurs de soif ! Mamie dans sa petite gargote au bord de la route tient commerce. Pas grand chose à manger qui ne m'inspire et côté boisson, rien que de l'Américain !
Le petit-fils dans son anglais très approximatif tient à me présenter sa jeune épouse avant de partir faire leurs courses en scooter.
Gilimanuk est le port de transit entre les deux îles. La police qui contrôle l'embarquement semble assez surprise de me voir avec ma moto et mon sac, partir pour Java. Cela ne doit pas arriver bien souvent. Papiers en règle, donc rassuré, j'embarque sur le ferry.
Je quitte enfin Bali l'Hindou pour Java la Musulmane.

La traversée est assez rapide. De nombreux navires remplissent l'étroit chenal, aux courants violents, dans un ballet incessant.
A mon arrivée une masse sombre et imposante me fait face. Le cône, parfait, monte haut dans le ciel. C'est le Merapi, l'un des nombreux volcans du massif de l'Idjen Merapi. Impressionnant !
Il est temps de me trouver un endroit pour dormir. Des bungalows en bordure de plage feront l'affaire. Le lieu a du être bien agréable, autrefois !
Une petite balade sur la plage s'impose. Des jeunes jouent au football et me lancent des "hello mister" à répétition.
D'autres partent à la pêche sur de frêles embarcations. En fait, une grosse chambre à air de camion sur laquelle un petit mât et une petite voile ont été fixé tant bien que mal !
De quoi faire mourir de peur une pauvre mère bien de chez nous !

Le chant du muezzin, à 4h du mat', me sort de mon sommeil. Ce matin, il fait frais. Je reprends la route et contourne le massif par le sud avant de remonter plein nord vers Bondowoso.
Le riz, aliment de base du pays, occupe une grande partie des cultures en plaine. Il suffit de monter un peu pour voir apparaître les caféiers puis la jungle, rendant la route humide et glissante. Quelques singes traversent, parfois.
Chaque arrêt pour demander mon chemin ou pour faire de l'essence, est une débauche de curiosité et de surprise. C'est incroyable. Tout le monde veut me parler mais ils n'osent pas trop s'approcher !
Ma moto rouge, toute neuve attire l'œil. Ce modèle est assez rare sur Java.
J'atteins Bondowoso par les petites routes de campagne bien calmes. Dans les champs, le labour se fait encore avec les bœufs. Dans les petits villages, la carriole de bois peints, multicolore, transporte ses passagers au rythme des sabots du cheval sur l'asphalte.
Le Palm hôtel est une ancienne demeure coloniale Hollandaise au charme tranquille. Face à lui, la garnison de la police gouvernementale ! Je suis sous bonne garde dans un pays aux débordements soudains.
La petite ville, toute propre, semble bien endormie sous le soleil tropical. Les rues sont désertes, les rideaux de fer, vert pomme, des commerces baissés. Seul le marché couvert garde une certaine animation. Ici, le touriste se fait rare. Toujours cet éternel "hello mister" !
Bananes, ananas, oranges, papayes semblent appétissants. Le marchandage est de mise. Qu'importe si le rabais obtenu me semble bien dérisoire, cela fait parti du jeu.Seulement 6 h du matin et je suis déjà sur la route. Le fou ! L'aurore commence à peine à montrer le bout de son nez.
Le Kawah Ijen étant à deux heures de Bondowoso, il ne faut pas tarder.
Je traverse la campagne. La petite route serpente entre la canne à sucre et les rizières. Hommes et femmes, les outils sur l'épaule, partent aux champs. Des femmes aux seins nus font leur toilette au bord de la route dans les canaux d'irrigations. Des enfants en tenue réglementaire attendent le bus pour partir à l'école.

Un jour comme un autre, sur Java.
La route, déserte, monte maintenant à travers la jungle. La brume omniprésente, rend le décor plutôt troublant, inquiétant. Je roule seul, à moitié rassuré !
La lumière reprends enfin du terrain au sommet. Une immense caldeira, deuxième plus grande au monde, couverte de jungle se découvre soudain. De nombreux cônes volcaniques ont poussé un peu partout. Le Kawah Ijen fume abondamment. Le gunung Raung du haut de ses 3300m domine l'ensemble.
Passé le poste de garde qui contrôle l'entrée du parc, je traverse les plantations de cafés en fleurs qui occupent le fond de la caldeira. L'odeur dégagée en est bien agréable. Les énormes moustiques qui eux, s'écrasent sur ma figure un peu moins !

Le volcan du Kawah Ijen est connu pour son lac d'acide sulfurique bleu-vert et ses ramasseurs de souffre.
L'accueil des rangers est bien sympathique. Ils n'ont pas grand chose à faire pour occuper leur temps et sont ravis lorsqu'un touriste veut bien se montrer.
L'ascension du volcan dure une bonne heure. Le chemin de terre est assez raide donc il n'est pas question de s'affoler même si le ciel s'est déjà bien couvert.
En route, bien sûr, je croise les "forçats". Ces hommes, secs, musclés, souvent frêles, vêtus et surtout chaussés pauvrement descendent plusieurs fois par jour dans le volcan, récolter le souffre dans leurs paniers à balancier.
Malgré ce travail pénible, pas un ne manquera de vous saluer, avec ses 80 kg de matière jaune et puante sur l'épaule !
Tous au passage vous réclameront une cigarette. Que faire ? Refuser pour ne pas détruire un peu plus leurs poumons déjà bien abîmés ? Accepter et leur donner un petit moment de plaisir ?
Le choix sera vite fait, mon paquet tout neuf y passera !
Le vent s'est levé. Il est même assez violent quand j'arrive au sommet. L'odeur d'œufs pourris que dégage le souffre n'est pas des plus accueillante !
Le lac immense remplit le fond du volcan. Les falaises, désertiques, sont brûlées par les émanations. Ce n'est pas vraiment l'idée que l'on peut se faire d'un volcan, mais l'on reste sans voix devant un tel spectacle.
Près du dangereux lac, le souffre liquide et les gaz sortent violemment. Des hommes s'y affèrent.
Il est possible de descendre au fond du volcan. Je rencontre un Français à l'accent bien prononcé qui en remonte. Celui ci est d'Arles et a eu la peur de sa vie quand le vent ayant tourné, il s'est retrouvé perdu au milieu des vapeurs nocives !
Me voilà bien refroidi ! De toute façon, je n'ai pas les bonnes chaussures.
La bonne excuse !
La bruine a fait son apparition. La mer et Bali que l'on pouvait apercevoir du sommet ont disparu dans les brumes. Plus question de traîner.
Peine perdue ! De nouveau sur la moto, une grosse averse tropicale finit par me tremper jusqu'aux os.
Une petite épicerie, perdue au milieu de nulle part me semble bien salutaire. Je me retrouve vite entouré des enfants de la maison, qui se marrent dés que j'essaye de parler indonésien !
De retour à l'hôtel, je fais la connaissance d'Holik, prof d'anglais, guide et assistant social de son village. Rien que ça !

Avec sa jeep 1945 héritée de son grand-père, il est en quête de touristes.
Nous passerons une soirée très instructive à discuter de son pays.
Etant à la recherche d'un chauffeur pour le circuit que j'essaye de mettre en place, je décide de le retrouver dans une quinzaine.

Je quitte Bondowoso par la route côtière. La mer au Nord de Java est très différente de celle au Sud. Protégée des courants, les vagues y sont rares. Calme, elle est ici propice à l'élevage des crevettes.
Elevée dans de grands bassins oxygénés, la crevette est une ressource non négligeable du pays.
Les pneus de ma moto, eux aussi, auraient bien besoin de se faire oxygéner !
Mon petit garagiste semble bien ennuyé quand je lui demande un peu d'air pour gonfler mes pneus. Il faut dire qu'en indonésien, "air " veut dire "eau "… !
Il serait bien temps d'apprendre un petit peu la langue !
Cela me serait bien utile même avec une assez bonne carte routière. Se retrouver au point de départ après deux heures de petites routes de campagne bien sympathiques en guise de raccourci, c'est désespérant.
Mais, dans ces endroits un peu reculés, pas question de parler anglais. L'indonésien est parlé seulement par les jeunes. Les anciens, eux, en sont restés à parler javanais.

La saison des pluies joue des prolongations cette année. La montée au parc du Tengger se fait sous les averses.
Ici, l'air est plus frais, les brumes sont épaisses. La terre est noire, le ciel est sombre.
L'arrivée à Cemoro-Lawang est fantastique. Le petit village semble désert.
Le soleil, de retour, joue avec la brume qui laisse entrevoir un paysage d'une beauté insolente. Devant moi se découvre une immense caldeira, vestige d'un immense volcan disparu.
Plusieurs volcans ont pris place en son centre dont le volcan sacré Bromo. Nous sommes à 2400m, cette nuit, il fera froid.

Pour la première fois depuis des mois, j'ai dormi comme un bébé. Ici, le silence est roi. Le rêve !
Ce matin, je n'ai pas eu le courage de me lever aux aurores pour assister au levé du soleil sur les volcans. Je vais rester plusieurs jours, on verra.
Après un petit déjeuner servi par une équipe bien sympathique, je laisse la moto au garage et me voilà parti pour une petite randonnée.
L'ancienne route touristique part à l'abandon. Défoncée par les éboulements, envahie par la végétation, je ne serai pas ennuyé par la circulation, de toute façon inexistante !
Ici, pas de culture en terrasses. On plante à même la pente. Choux, carottes, oignons, pommes de terre, alignés au cordeau, occupent des lopins de terre immaculés.
Les paysans sont au travail et me saluent. Ils arrachent à la terre noire et si riche des légumes tous plus beaux les uns que les autres pour les charger sur de petits camions.
L'ancienne route touristique est à l'abandon faute d'entretien. La nature reprend bien vite ses droits.
L'herbe recouvre le bitume quand celui ci n'a pas disparu sous des blocs de pierre détachés des falaises ! Il faut parfois faire un peu d'escalade.
Il fait un temps splendide aujourd'hui. Je fais une halte et contemple en silence.
Le Bromo fume. A ses pieds, s'étend une mer de sable noir qui remplit la caldeira, tout autour des falaises abruptes et dans le fond, le Semeru.
Plus haut sommet d'Indonésie avec ses 3600m, le Semeru est un volcan qui explose toutes les 30 minutes environ et dégage un immense panache de fumée dans les airs. Le moment venu, je suis fasciné


La route ayant maintenant disparue, la montée se fait sur un petit chemin de terre. La végétation est en fleur, fushias sauvages, mimosas, lantanas offrent une multitude de couleurs et de senteurs.
Le Pennanjakan est le sommet de la caldeira, il culmine à 2770 m. La vue d'ici est incroyable. On embrasse tout le parc du Tengger. Le Semeru est droit devant et d'est en ouest, au loin, dépassant des nuages, tous les plus grands volcans de la région. Il n'y a pas de mots assez forts pour décrire ce que je vois.
Après le plus haut, il est temps de descendre au plus bas pour approcher de l'enfer. La descente est longue et suit une petite route bien raide. Dans les arbres, de gros singes noirs ou bruns me surprennent.
Sortant d'on ne sait où, un petit papi aux traits fortement marqués, porte sur ses épaules une montagne de foin tout juste coupé.
Avec ses dix mots d'anglais et mes dix mots d'indonésien, le dialogue n'est pas facile, mais notre rencontre est un vrai petit moment de bonheur. Les gens sur Java sont vraiment sympathiques et si curieux qu'il est difficile de passer à côté.
En bas, dans la caldeira, c'est le désert, du sable noir, des falaises abruptes et des volcans. Il fait chaud, très chaud même et pas un souffle de vent. Je suis seul dans ce gigantesque décor et ne sais ce que je vais trouver au bout de ma route.
En guise de dessert, je me retrouve au pied du Bromo.
Après cinq heures de promenade, il me reste encore 246 marches à gravir pour être au bord du gouffre.
Ici, pas de lac, seul un gros trou qui fume abondamment en silence. Les pentes sont ravinées et semblent fortement instables. Cela ressemble à l'idée que l'on peut se faire d'un petit volcan.
Il ne me reste plus maintenant qu'à redescendre du volcan, retraverser la mer de sable et remonter en haut de la caldeira. Pas de problème, avec une telle journée, il ne me sera pas difficile de trouver le sommeil !
Il a plu dans la nuit. Ce matin, la brume a envahi le fond de la caldeira. Les volcans semblent flotter sur du coton. Aujourd'hui, je flâne et décide de ne rien faire de spécial.
Demain, je partirai par la piste au fond de la caldeira. Il serait prudent de voir comment se comporte ma moto sur du sable plus ou moins dur.
L'expédition va tourner court en cette fin d'après midi.
Me trouvant au milieu de nulle part, il me semble soudain apercevoir au loin une voiture et toute une colonie me faisant de grands signes. Etant seul, ces agitations de bras sont bien pour moi !
Que vois-je ? Un mini bus complètement ensablé. Tout autour, s'agitant désespérément une dizaine de Japonaises tout droit sorties d'un film de science fiction des années 70 !
Short moulant rose bonbon, tee-shirt blanc tout aussi moulant, petit tennis qui brillent.
Le spectacle est surréaliste dans un tel environnement ! Je me marre discrètement !
Voyant qu'il était impossible de faire quoi que ce soit, il ne me restait qu'à prévenir les rangers qu'un groupe de clones au féminin était perdu sur la lune !
Me voilà embarqué dans un gros 4x4 pour une opération sauvetage qui va tourner tout aussi court.
J'ai eu beau leur expliquer que la voiture etait bien ensablée et surtout assez volumineuse, nous voilà parti avec une corde à peine plus grosse qu'une ficelle à rôti !
Bien entendu, cela n'a servi à rien et le retour au village était inévitable.
Le fin mot de l'histoire ? Aucune idée ! La nuit tombant, n'ayant plus besoin de mes services, je rentrais à l'hôtel.
Le lendemain, en partant, la voiture avait disparu. Vu les nombreuses traces de roues dans le sable, je n'avais donc pas rêvé.

Après une nuit agitée par la pluie et le tonnerre, me revoilà partit sur les routes.
Le sol, couvert des cendres du Bromo, est devenu compact. La traversée à moto en est bien facilitée. Il n'y a pas âme qui vive. Le minibus et ses passagères de la veille ont disparu. Seules restent les nombreuses traces de roues.
La brume, parfois épaisse, joue avec une légère brise. Les hautes falaises ne semblent jamais finir. Tournant le dos au Bromo, je m'éloigne avec regret.
La végétation finit enfin par prendre le dessus. Les cendres disparaissent pour laisser place à une immense prairie fleurie. Manque quelques vaches et l'on se croirait presque dans une petite vallée d'Auvergne !
Le chemin qui remonte est en mauvais état. Entre trous et cailloux, ma moto, qui n'est pas faite pour ce genre de parcours, souffre mais tient le coup. Je file maintenant vers l'ouest. Le Semeru quelque part sur ma gauche est dans les nuages. Les petits villages de montagnes sont déserts, pas même un chien pour me courir derrière.
Sur la descente, les arbres d'altitude font place à la jungle qui elle-même disparaît pour des étendus de pommiers.
Malang est une ville importante que je m'empresse de fuir. Pas le temps de traîner, je dois retrouver Holick à Pare. La petite bourgade n'a aucun charme mais elle a le privilège de posséder une bonne école d'anglais et une immense mosquée aux lignes futuristes.
Je retrouve mon futur chauffeur entouré de ses étudiants qui se ruent sur moi pour parler anglais. Au secours !
Le directeur m'invite à prendre un thé. Celui ci est originaire de Kalimantan, ancienne Bornéo.
Il en revient juste et s'empresse de me montrer les photos de son île qu'il n'avait pas revu depuis 40 ans.
Ce soir, je suis la star. Dans ce petit restaurant en bambou où je mange, assis par terre avec Holick, voit défiler toute l'école ou presque. Les filles qui portent le jean's et le tchador sont curieuses et bavardes à souhait, les garçons, eux, veulent tout savoir sur les Françaises de Paris. La soirée est vraiment un régal.
Après une courte nuit, direction la mer. Holick est mon passager et me fait visiter la région. Panataran et ses vieux temples en ruines, Blitar et le mausolée dédié au " Père de la nation " Sukarno. En fait, rien de vraiment extraordinaire à visiter.
Il me tarde maintenant de voir la mer.
Les petites routes traversent de nombreuses forêts et rivières. Ici, l'on cultive la canne à sucre, là l'on creuse la montagne pour exploiter l'onyx. Les villages, assoupis sous la chaleur tropicale, se ressemblent tous et j'ai l'impression que l'on tourne en rond.
Enfin, je le vois ! L'océan, tout de bleu vêtu, bordé de hautes falaises, brille sous les rayons du soleil. Nous arrivons à Popoh, petit village de pêcheurs et lieu de villégiature pour Indonésiens. Nous sommes un samedi et c'est la foule des grands jours. Perdu sur la côte, loin des circuits touristiques, je suis le Martien qui débarque !

Etrange endroit. Vous prenez de petites embarcations multicolores sur une eau émeraude, des maisons de pêcheurs, des bungalows disséminés dans un petit parc animalier, des statues très kitch, de petits restaurants où le poisson grillé est une merveille, une jungle qui débouche sur des falaises aux formes étranges où viennent s'éclater dans des gerbes d'écumes les vagues du large, une immense plage où l'on peut déambuler à défaut de pouvoir s'y baigner, un mausolée dédié à un gourou local, des bateaux en bois en chantiers, des habitants très sympathiques et vous avez Popoh.
L'endroit est très animé le week end mais d'un calme reposant la semaine. ( j'y suis bien sûr retourné).
J'adore ce petit coin perdu.
Après un repas frugal dans un petit restaurant où la patronne voulait absolument se marier avec moi, il est temps de repartir, la journée est bien avancée et je ne tiens pas trop à conduire de nuit. Le retour à Pare se fait bien sûr…de nuit ! Quelle longue journée, 250 kms de moto sur les routes indonésiennes avec un passager, je suis mort ! Je n'ai aucune difficulté à trouver le sommeil.
Ce matin, Holick est venu me saluer pour mon nouveau départ, deux élèves sont venus avec lui histoire de pratiquer leur anglais. Bien sûr, je pars en retard mais qu'importe.
Il fait un temps splendide, je roule tranquillement sur une petite route de montagne, à l'ombre des arbres. Le volcan Gunung Lawu, ma prochaine étape, se découpe sur ma droite. Tout est beau, la vie est belle.
L'asphalte lui n'est pas terrible, surtout lorsque l'on s éclate dessus après avoir roulé dans une flaque d'huile.
Je n'ai rien vu venir et rien pu faire non plus. La moto a glissé sur la route et par chance il n'y avait personne en face. Le bus qui me suivait s'est arrêté. Des passagers sont descendus m'aider à relever la moto. Je suis un peu sonné.
Mes vêtements sont bons à jeter. Mes gants étant bien au chaud au fond du sac, j'ai une main salement abîmée. Le plus contrariant, c'est la moto toute neuve qui du coup ne l'est plus !
Je suis furieux. J'y faisais tellement attention.
Par chance, en ce beau dimanche après midi, je réussis à trouver un mécanicien qui veut bien, provisoirement, me la remettre en état, histoire de continuer ma route.
Tawangmangu est une " ville hôtel ". Ils sont tous alignés le long de la grande rue sur plusieurs kilomètres, en pleine montagne. En cette fin de week end, c'est triste et lugubre. Les restaurants sont déserts, il fait froid, ma main me fait mal, c'est le top.
Demain, je filerai direct sur Yogyakarta voir un médecin. Mon escalade du gunung Lawu sera pour une autre fois.


A suivre.

Laurent PEREY

Retour