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NEPALI TIMES 30 juillet 2004

Un adolescent se suicide Kathmandou : un garçon de 15 ans, travaillant comme aide domestique au domicile de Puskar Lal Soghl à Kathmandou, s'est suicidé en se pendant au plafond de son logement. Le garçon était connu sous le nom de kanchha. La police a ouvert une enquête.

par Bernhard Lazareff

La vie de Kanchha J'espère que ta prochaine vie sera meilleure.

Quelques lignes dans la section des nouvelles brèves annoncent "Un adolescent se suicide". La mort par pendaison d'un domestique de 15 ans connu sous le nom ou surnom de Kanchha, est mentionnée en passant, de manière anodine, sans commentaire. C'est tout ce qu'on apprendra sur ce garçon. Voici la seule trace de son passage sur terre. Sa mort n'a plus l'air de choquer qui que ce soit. Il y a quelques semaines, un autre entrefilet de 60 mots, intitulé "compensation pour torture" mentionnait le cas d'une résidente de Damak qui acceptait de verser une compensation d'une valeur d'environ 2000 euros (soi-disant) sous forme de terrain, à une domestique de 8 ans que sa propriétaire avait régulièrement frappée et torturée. Je présume que propriétaire est le terme qui définit le mieux cette situation de maitre-esclave prépondérante avec les domestiques au Népal.

Ce type d'évènement est si banal. C'est le Népal, dites- vous en haussant les épaules.

Cependant une ONG dépense de vastes sommes d'argent et d'énergie à essayer de kidnapper une poignée de filles et garçons pas si reconnaissants, voire carrément furieux, que leurs parents avaient auparavant vendus à l'exportation pour travailler dans un cirque itinérant en Inde. Cette ONG les réimporte sans compensation financière à leur acheteur et exploiteur. Nul doute que ces jeunes gens envisagent avec joie les excellents débouchés professionnels qu'un clown ou acrobate de cirque adolescent peut espérer au Népal (où il n'y a aucun cirque). Sans doute les filles finiront-elles dans un des sordides salons de massage de Thamel, ou seront-elles recrutées de force avec les garçons par l'un des camps de la guerre civile (armée ou maoïstes), à moins qu'ils retournent à l'école publique (où même les enseignants, quand ils sont là, savent à peine plus que les élèves, les frappent souvent, et sont rackettés par les maos. Un instit de Pokhara avait forcé ses élèves de 6 ans à nettoyer les chiottes avec la langue parce que leur devoir de maths n'était pas bon).

Quand un produit est vendu, on ne peut pas le reprendre de force. Il faut rembourser la mise initiale, puis compenser les années de formation, dans ce cas précis. Dans le même registre, de bons chrétiens Anglais et Américains se rendent régulièrement au sud-Soudan pour racheter des gamins vendus sur les marchés aux esclaves locaux, 300$ la pièce, puis les rendre à leurs familles. On peut parier que certains sont revendus à chaque fois que ces acheteurs en gros sont annoncés. Le cours des jeunes esclaves Soudanais est monté en flèche grâce à eux, au point d'en faire un commerce prospère. Très similaire à l'action d'acheter des oiseaux en cage devant les temples Bouddhistes, afin de les relâcher pour gagner des mérites. Combien d'entre eux s'empressent de réintégrer leur cage? Un peu comme les Népalais qui font la queue pour verser de l'argent afin qu'on les envoie se faire exploiter à l'étranger.

Heureux Népal, si docile devant l'Occident et ses ONG pompes à fric que le Département d'État Américain a oublié de le mentionner dans son quatrième "Rapport sur le Trafic des Personnes" du mois dernier. Ils ont épinglé le Bangladesh, la Birmanie, Cuba, l'Équateur, la Guinée Équatoriale, le Soudan, et le Vénézuela, mais ils ont oublié l'Inde, le Népal et la Chine. (Georges Bush 2 a donné 20 millions de $ au roi Gyanendra pour acheter des armes U. S)

Le Népal est le pays le plus Africain dAsie. Le palais a augmenté son allocation annuelle (sans accord du parlement, dissous par le roi en 2002), s'octroyant 6 fois plus, de 110 millions de roupies/an à 620 millions cette année, ce qui nous fait 1 M700000 roupies/jour, soit 22 mille dollars chaque jour ? pas mal pour un pays classé au 142è' rang mondial de la pauvreté sur 177, et où 82% de la population vit avec moins de 2 $ par jour. Le Népal est encore bien loin du socialisme.

J'espère que ta prochaine vie sera meilleure, Kanchha.

[ Note explicative du traducteur : En juin 2001 le roi Birendra et 8 autres membres de lafamille royale, ont été abattus dans leur palais de Kathmandou, officiellement par le prince héritier Dipendra, bourré d'alcool et de shit; il aurait tiré pendant plus d'un quart d'heure, avec 30 kilos d'armes, parmi 8000 flics et soldats, puis se serait "suicidé" (d'une rafale de MI 6 dans le dos ... ). Dipendra aurait survécu à ses blessures, officiellement dans le coma le temps de couronner son cadavre, afin que son oncle Gyanendra soit régent pendant deux heures, puis lui succède légalement sur le trône. Bien entendu, 80% des Népalais sont convaincus que Gyanendra, homme d'affaires véreux, père d'un psychopathe meurtrier, est l'instigateur de la chose, seul moyen pour lui de monter sur le trône afin de dépouiller le pays. Heureusement, en cette année 2007, il a été enfin écarté du pouvoir, grâce à un cessez-le-feu suivi d'entente gouvernementale avec les maoïstes. Cet article m'a valu une réponse outrée de l'ambassade US la semaine suivante "mais si on a inclus le Népal, mais pas dans la même liste!]

NEPALI TIMES 12 novembre 2004

Un oeil critique sur le Népal

par Bernhard Lazareff

SOUS VOTRE NEZ (une balade dans la zone) (pied de nez à la rublrique humaristique du rédacteur en chef, qui portait ce titre)

 

Fin Août; je rentre à pied vers Thamel, après avoir quitté les bureaux de Nepali Times à Patan, en face des bâtiments luxueux des Nations-Unis et de leur pléthore de superbe Toyota 4X4 (80 000 $ pièces?). J'ai déposé mon cartoon hebdommadaire à la réception (d'ici un an, promis, je serais payé, et j'aurais même droit à une tasse de café avec le facétieux mais distant rédacteur en chef dans sa tour d'ivoire...).

Promenade instructive, comme toujours. mousson, quelques averses éparses, je maitrise à présent l'art de marcher dans Kathamandou-la-polluée : faire un écart à temps pour éviter les piétons qui zigzaguent, prévenir de mon approche les agrgouilles béates, dans le vain espoir que l'un d'entre eux réfrénera l'inévitable, bruyant et répugnant mollard qu'il prépare; remplir mes poumons en repérant un tas d'ordures qui se profilent, ou un rat mort, ou des marmots qui défèquent sur le trottoir (excéllent pour la plongée en apnée), donner quelques pièces aux divers lépreux et autres démunis, passer de l'hôpital Bir, puis emprunter la passerelle au-dessus du boulevard vers Rani Pokhari, le bain de la reine.

Et là, à mi-chemin de l'escalier, sous les pieds de la foule qui s'en fout, j'aperçois un adolescent, vêtu d'un slip bleu, c'est tout. Il est noir de crasse, échevelé, tremblant de fièvre. Posée près de lui, une boite en plastique jaune. Je sors brutalement de ma rêverie; ce garçon projette une telle image d'abattement misérable, de désolation, d'abandon, je ne peux l'ignorer. L'ayant dépassé, je reste planté là un moment, constate qu'il glane quelqu'argent des passants, gains qu'il tasse régulièrement dans son slip gonflé. réalisant que c'est là son boulot, qu'il travaille dans cet état d'épave pour un exploiteur immonde, j'achéte un peu d'ananas que je lui apporte. Il est à présent couché sur le flanc, tremblant sur les marches. Lorsqu'il lève la tête pour manger, je remarque son oeil droit, enflé et infecté, peut-être suite à une raclée de son tourmenteur et maître, afin d'extraire plus de pitié monétaire des passants. Je veux m'impliquer, lui acheter une tee-shirt; mais je me retines, car je sens que sa nudité est voulue, un artifice pour attirer la compassion. Mais je ressens une telle empathie pour ce pauvre gosse, mon frère, retiré des humains pour en extirper de l'argent. Je m'éloigne et achéte un peu de chana, des pois chiches grillés, que je lui tends. Une fois encore il me fixe de son oeil unique, pas de remerciement ou de sourire, juste ce regard perdu; ce garçon ne respire pas le bonheur. J'étudie mes options : est-ce que je vais l'emmener à l'hôpital où ses frères plus âgés vont surfacturer mon visage pâle pour ses soins? Vais-je m'impliquer dans sa misère pitoyable? Je choisis de disparaitre.

Toutes ces belles ONG, qui pour la plupart ont pignon sur rue dans les beaux quartiers de Patan, que penseraient-elles de l'intervention d'un étranger non immatriculé

l'intervention d'un étranger, non immatriculé comme professionnel de la charité brandissant son téléphone portable au volant de sa Toyota climatisée? Peut?être devrais?je simplement téléphoner aux gentilles ONG qui payent le voyage en Inde à des familles entières de la caste Lama pour kidnapper les filles qu'elles avaient vendues à un cirque? Ou bien je pourrais appeler les bureaux de CWIN ou d'une autre de ces innombrables associations spécialisées dans les gamins des rues et surtout les donations étrangères? Peut?être que tout simplement je vais tourner la page et m'éloigner, comme les Népalais qui trottent sans plus qu'un regard. Le Népal commence à copier l'occident : on ne s'implique plus dans les injustices et la misère, même en cas d'urgence. On suppose qu'il y a une organisation pour chaque cas, alors on peut laisser crever ses frères, par suite de cette absence présumée de responsabilité personnelle. En occident, combien de fois ai?je ainsi été le seul à m'impliquer, parmi la foule des témoins d'un accident, témoins paralysés par la peur de ne pas être médicalement qualifiés pour sauver une vie lorsqu'une artère fémorale gicle sous leurs yeux ! Je m'éloigne, décidé à écrire un article là?dessus, même si ça n'arrivera probablement pas jusqu'aux kiosques.

J'arrive à Ranipath, l'avenue bordée de boutiques de luxe, de grands restaurants, d'hôtels internationaux et de banques prospères, qui mène tout droit au palais du monarque constitutionnel. Debout sur le trottoir encombré de piétons et de vendeurs des quatre saisons, je remarque un autre gamin des rues crado, farfouillant dans le petit sac à dos d'une élégante étudiante qui discute avec une copine. Tandis qu'il s'éloigne prestement, en planquant quelque?chose sous son pull déchiré, je réalise qu'il a piqué ça dans le sac de la fille, et qu'ils n'étaient pas ensemble, ce que leurs accoutrements respectifs rendaient évident. Personne ne s'est aperçu de rien, nul ne semble remarquer ces gamins des rues, dans tous les coins du monde, lorsqu'ils ne mendient pas, ils bougent dans la foule comme des ombres. Puis une jeune mendiante signale l'incident à la jolie étudiante, qui constate qu'elle a perdu son porte?monnaie, mais ne semble pas trop affligée; peut?être une Bouddhiste. Alors je laisse le gamin disparaître, il a sans doute plus besoin qu'elle de ces quelques roupies. Juste en face du palais royal, un groupe de gamins des rues est affairé à sniffer de la colle dans des vieux packs de lait. Une nouvelle nuit tombe sur la bruyante Kathmandou.

Malgré toutes ces années à arpenter les coins paumés de la planète, je ne suis toujours pas indifférent à la détresse de mes frères humains.

Geôle à Goa

 

La mousson était douce depuis ma vérandah

Nichée sous les contreforts de l'Himalaya

Une virée au village, courant sous les cèdres

Ou bien au guidon de la vieille motocyclette

Mes doux amis m'accueillent avec un grand sourire.

 

L'épicier a vendu son dernier journal

Mae Pen Raï je lirai les nouvelles plus tard

Pour le Tsunami j'ai appris trois jours plus tard.

 

Une visite au Barbier près de l'arrêt de bus

Puis l'entrepreneur pour acheter des couleurs

Une tasse de tchaï au marché avec un ami

Soleil, ciel bleu vif, j'enfourche la bécane

Pour une visite à un ami dans la montagne.

 

Plongeon dans les sources chaudes auprès du temple

C'est un autre beau jour qui vient de prendre fin.

 

Finis les beaux jours fini le temps du bonheur

Voici déjà venu le temps des Sargasses

Vilaine petite geôle, des moustiques au mur

O Dieu tu peux m'offrir un crédit sur la vie?

Pas besoin de Mercedes dans ce trou à rats.

 

J'étais libre et insouciant depuis bien longtemps

Ci-devant, encore vivant me voici dedans

A présent je ne voyage plus qu'en livres

D'un passé lointain un nuage sombre est venu

Les jours heureux des nuits sombres sont devenus

Amis aimants d'antan ennemi à présent.

 

No me moleste mosquito je suis dedans

Es-tu le sombre Messager venant d'en-haut?

Ta mission est de me rapeller mon calvaire?

J'oublie d'être sombre, merci pour la piqure

Le moustique rôdeur aux aguets sur les murs

Ou tapis dans les recoins de ma cellule.

 

Merci Mèrl'Inde creuset brumeux de sagesse

Tu m'as appris à apprécier la solitude.

 

Derrière le mur des pas feutrés dans le couloir

Ce sont les pas lents du gardien de l'antre noir.