
Rishi, 11 juin 2003.
Plus de 4 milliards d'humains ont pour pensée quotidienne principale
l'aléatoire obligation de se nourrir. Les pays riches ont tout intérêt
à maintenir cet état de fait, d'une part pour entretenir une
interdépendance en écoulant leur surproduction et en appliquant
le chantage économique, mais d'autre part et surtout, imaginons ces
4 milliards d'individus libérés du problème de la faim
: ils commencent bien vite à vouloir plus, comme les occidentaux, et
à exiger un partage plus équitable des ressources et richesses.
Car en fait il ne doit pas être très compliqué ni onéreux
de produire des aliments de synthèse, répondant en une tablette
à tous les besoins alimentaires et énergétiques de base,
pour tous les humains de la planète, qui, soulagés de la quête
quotidienne de leur repas, pourrait enfin évoluer, mais vers quoi ?
Retour de trek, minuscule village
sur un col à 2500mètres, samedi soir, les ramblas locales :
les indigènes font de lents allers-retours sur l'unique piste qui traverse
le village, pas d'électricité, ça sue l'ennui de la fin
de semaine. Comme partout, ces braves gens vont s'imbiber. Et ce soir, même
menu que cette après-midi : riz et légumes + chapatis, j'ai
demandé d'omettre le dhal (lentilles ou haricots) pour varier un peu
du village de midi. Horreur, en plus du brouet habituel on m'a gentiment offert,
par deux fois, du petit lait bien aigre, consommé héroiquement
en apnée, avec un élan de solidarité envers les têtes
couronnées de ce monde qui doivent accepter la bouffe locale sans sourciller,
lorsqu'elles se fourvoient hors des sentiers battus, ce qui est bien rare
heureusement pour leur système digestif.
Pour plus de 4 milliards d'humains, la gastronomie ou la variété
des repas est inconnue, on mange, vite, pour se nourrir, point. On en revient
à la théorie de la tablette nutritive pour tous.
Autre théorie du jour : Dans l'état actuel du matériel
le trek himalayen sans porteur ou mulet est réservé aux masochistes
ou aux brutes, dont je ne suis pas. J'entends mettre au point (et faire fortune
bien sûr) un système d'hélium-bag sur le dessus du sac
à dos, ce qui réduirait la charge portée, de 20 à,
mettons, 2 kilos. Pas plus bête que la Saïgak, la " botte
de sept lieues " mise au point par l'armée Russe, capable de propulser
son porteur, par des foulées de 3 mètres, à plus de 20
km/h grâce au piston renfermé dans chaque semelle. (Sur le net,
tapez google.com, Saïgak). Une cigarette (première depuis deux
jours) pour clore le dîner à la lampe à pétrole,
dans cette guest house où je suis l'unique guest depuis les derniers
trois mois, puis je me replonge dans le voyage d'Ulysse, de Tim Severin, ou
la jeunesse d'Alexandre de Mary Renault.
