Vashisht
: Le dieu local a décidé qu'il fallait détruire les maisons
et boutiques bâties sur ses terres, la déesse Hadimba est venue
tout spécialement de Manali pour lui prêter main-forte
Les
femmes revêtent leurs plus beaus atours pour regarder la destruction de
leur maison ou celle de leurs voisins
Tandis
que les villageois détruisent allégrement leurs maisons, sur ordre
du dieu Vashisht. A droite sur la photo, la maison neuve qu'ils construisent
au prêtre sur l'emplacement des leurs...
effectivement,
il y a de quoi s'interroger sur les motivations du dieu exprimées,
par la voix de son prêtre...
Le dieu Vashisht
envisageait à présent de faire raser son temple vieux de 3 à
5000 ans pour s'en faire bâtir un nouveau...
HIMACHAL
PRADESH, KINNAUR, SPITI
La
province de l'Himalaya, lieu de prédilection des amateurs de montagnes, d'extrême,
de sensations rudes...c'est là que aventuremoto a établi sa base physique,
à la crêperie de Naggar, 1850m, près de Manali, point de départ de la route
du Ladakh et du Spiti-Kinnaur, la fameuse route Hindoustan-Tibet. C'est
dans cette région aussi que s'est établi le Dalaï-Lama, à Dharamsala. Une
de nos destinations favorites du nord de l'Inde. Départ des expéditions de
Shimla ou Naggar.
Ci-après
un papier que j'ai oublié de terminer pour une revue de moto en 2000, ça donne
un aperçu de l'ambiance et des conditions locales ; ce n'était cependant pas
un circuit, mais une reconnaissance. Nous y sommes passés 3 fois sans encombres
en 2001, sauf en mars, ou nous fûmes bloqués 3 jours à Kaza par la neige,
et avons dû rebrousser chemin.


Premières
étapes tranquilles dans des paysages magnifiques, petites routes de montagne
tortueuses, nos premiers aperçus des sommets enneigés au loin, la circulation,
démentielle depuis Delhi, retrouve un mode plus convivial, un petit coup d’avertisseur
pour doubler les camions, ils se rangent dès que possible et nous laissent passer
avec de sonores échanges de salutations ; j’essaierai cette technique à
mon prochain dépassement en France... Au-dessus de Rampur, nous empruntons
une piste de montagne pour rejoindre Sarahan et son temple dédié à une variante
locale de Kali ; les sacrifices humains y ont cessé depuis longtemps, maintenant
c’est au tour des chèvres de perdre la tête, chacun ses coutumes... et ces montagnards
sont si souriants, accueillants, que nous multiplions les haltes pour prendre
un thé dans les ‘chaï shops’ des villages traversés.
Nous
quittons enfin Chitkul pour Sangla, quelques kilomètres de gués plus bas ;
premier gros barrage, plus de route, un ravin béant la remplace sur une cinquantaine
de mètres ; on m’annonce un délai de deux semaines avant la reconstruction ;
j’embauche 7 porteurs qui nous passent les motos en moins d’une heure. Nous
triomphons mais les gens nous font signe qu’un gros rocher bloque la route dans
les gorges 5 km plus bas ; no problem, nous passerons bien! après un bon
slalom dans la boue, nous voici face au rocher ; c’est un vrai roc de bande
dessinée, qui nous contemple du haut de ses vingt tonnes, à gauche 200 mètres
d’à-pic et pas 10 cm pour passer, à droite le rocher s’appuie contre la falaise.
Nous faisons demi-tour et devons attendre deux jours que l’entreprise qui construit
un barrage dégage tout çà à la dynamite.
La
ligne de partage des eaux entre la vallée du Kinnaur et celle du Spiti marque
la fin des bois de peupliers ; plus d’arbres au Spiti. Encore un
ravin alors que nous approchons de la Chine ; des soldats transfèrent du
matériel d’un camion à un autre ; je signale au sergent que les Chinois
nous passeraient les motos en cinq minutes, piqué au jeu il décide de nous aider
et nous passons en vingt minutes. Ce sera notre dernier gros avatar jusqu’à
Tabo, monastère bouddhiste en adobe de plus de mille ans. Le lendemain, après
une traversée mouillée d’un torrent tumultueux, nous filons sur Kaza, le superbe
monastère de Ki, perché sur un roc à 4000 mètres, et nous continuons notre ascension
jusqu’à Kibber, 4700m, l’un des villages les plus hauts habités en permanence.
Nous redescendons dormir à Kaza, séduits par ses petits restaurants qui nous
changeront agréablement d’une semaine de lentilles et de riz. Le lendemain,
nous montons vers le Kunzum pass, col enneigé à 4500m, où nous passerons trois
heures dans le froid à réparer 5 fois la même crevaison! en fait la chambre
de rechange n’est pas importée, elle est donc poreuse! De plus notre joyeux
compagnon a roulé 9 km sur ce pneu crevé, lequel a rendu l’âme, et nous finirons
par ligoter le pneu sur sa jante avec des bouts de corde, histoire de faire
au ralenti les 40km jusqu’au prochain village. Nous entamons la descente
de nuit, traversant gaiement de nombreux torrents, l’un d’eux nous trempera
jusqu’aux genoux, mais les bullets s’en tirent bien. Nous atteignons une cabane
locale où nous dégustons omelettes et chaïs à profusion. La nuit est trop
noire, nous sommes trempés et transis, le petit dortoir nous tend ses lits.
Le lendemain, après avoir fixé de nouvelles cordelettes autour du pneu fatidique,
nous reprenons la piste jusqu’à un arrêt de bus où nous démontons la roue; son
propriétaire embarque avec elle dans le car, destination le marchand de pneus
de Manali, dans la vallée de Kullu, 50 km au sud du col de Rothang (3700m).
Manali,
pimpante cité de villégiature au cœur de l’Himachal Pradesh, est fréquentée
par de nombreux touristes Indiens dans sa partie récente, tandis que les pseudo-hippies
et voyageurs occidentaux peuplent la vieille ville ; étonnant contraste
entre ces bons bourgeois Indiens, proprets et dodus à faire saliver un cannibale,
et ces hirsutes aux accoutrements fluorescents qui tirent sur leur chilum
rempli de haschisch. Nous logeons à Vashisht, en hauteur, de l’autre
côté de la rivière Béas ; là aussi, un certain mélange des genres, plus
les Sadhus, ces moines errants vêtus d’un seul pagne, et qui eux aussi fument
le chilum à tout instant, fidèles à la tradition Shivaïte (Shiva aurait passé
2000 ans retiré dans l’Himalaya, à méditer en tirant sur son chilum). Vashisht
bénéficie de sources sulfureuses jaillissant à 60° et captées dans divers
bassins, dont certains sont réservés à la toilette, d’autres à la vaisselle
ou lessive ; il y a au cœur du village un bassin piscine, dont l’eau
est changée trois fois par jour, ce que j’apprécie après avoir vu un paysan
y laver son mouton..
Quelques
jours plus tard, je pars en reconnaissance solo vers le Ladakh.

Début
juin à Shimla, capitale de l’Himachal Pradesh, au nord de l’Inde ; trois
mois que nous sillonnons les routes du sous-continent sur nos Royal Enfield
Bullets 350cc, légendaires motos léguées par l’Empire Britannique dans les années
cinquante, et toujours fabriquées à Madras. Après un tour au Rajasthan
(voir le Carnet de route de Laurent Pérey dans la revue ‘VOYAGER' de septembre
2000), nous sommes en route pour le LADAKH, par le chemin des écoliers :
la vieille route Hindoustan-Tibet, 300km dans les contreforts de l’HIMALAYA
en frôlant la Chine, avant d’attaquer le vif du sujet, la route Manali-Leh,
deuxième plus haute route au monde, 500km dont plus de 200km entre 4000m et
5500m (la plus haute est au Ladakh, juste au Nord de Leh, culminant à 5620m).
Mais pour l’instant nous n’en sommes encore qu’aux hors-d’œuvre, le ‘tour du
pâté de maisons’ ironise Eric, qui projette de remonter en France avec son Enfield
modèle 1966 ; la suite lui prouvera que le ‘pâté’ n’est pas de la tarte..



Chitkul, hameau magnifique perché au bout d’une petite route transversale ;
les habitants nous accueillent avec plaisir dans leurs maisons en bois sculpté,
car notre arrivée coïncide avec le retour de Mata Devi, la déesse locale ;
elle rentre d’un pèlerinage au-delà des cimes enneigées à Badrinath, où réside
son ami le dieu Vishnou ; ce soir tout le village fête donc ce retour ;
Mata Devi sur son palanquin rend d’abord visite aux autres dieux du village,
Krishna, Shiva et le temple bouddhiste (on n’est pas sectaire par là-haut),
avant de présider à une soirée dansante bien arrosée. Nous resterons une
semaine dans ce village paisible et amical ; difficile de faire autrement
d’ailleurs : la mousson est en avance et la seule route a été coupée en
cinq endroits.
Bien
sûr, la route principale est coupée elle aussi, de part et d’autre du croisement,
et là, pas question de tomber dans le torrent qui la borde! La seule auberge
du hameau étant pleine, je pars repérer un coin pour camper, et nous sommes
invités par la charmante famille du maire chez qui nous passons trois jours
dans les meilleures chambres, nourris à satiété, et ils refusent tout paiement ;
je lui fais cadeau de mon couteau multifonctions avant de prendre congé.
Un premier barrage passé sans difficultés, et nous parvenons à Recong Peo, arrêt
obligé pour demander le ‘Inner Line Permit’ car nous allons frôler le Tibet
sous occupation chinoise, et les relations sont tendues. C’est aussi le dernier
ravitaillement en carburant jusqu’à Kaza dans la vallée de Spiti. Le permis
est obtenu rapidement, et le District Magistrate nous autorise même à utiliser
le terminal satellite du commissariat pour vérifier nos emails. Sept kilomètres
après Peo, un ravin béant a remplacé la route sur près de cent mètres ;
no problem, des réfugiés Tibétains incorporés dans l’armée indienne se portent
volontaires pour passer nos motos, sans contrepartie, et nous devons insister
pour partager avec eux un thé et des biscuits ; ils nous signalent que
l’équipe de France de foot a brandi un drapeau du Tibet lors de la remise de
la coupe du monde en 1998, ce qui explique leur enthousiasme, merci les Bleus !

