
Ma
Thanegi donc, a écrit un beau texte publie dans le Lonely Planet version
anglaise, p26/27. sous le titre:
"Le conte de fées Birman"
"Comme beaucoup de Birmans, j'en ai assez de vivre dans un conte de fées.
Ca fait des années que des étrangers décrivent les problèmes
de mon pays comme une fable morale: la lutte entre le Bien et le Mal, tout blanc
ou tout noir, sans nuance en demi-teinte; une image simpliste, mais que le monde
extérieur estime réelle. La réaction de l'Occidental a
été aussi simpliste: il est entre en croisade morale contre le
Mal, brandissant sanctions et boycotts comme autant de baguettes magiques.
Nous avons vécu dans l'isolement pendant 26 ans de socialisme, et nous
n'avons pas encore une économie moderne. Nous avons assez perdu de temps.
Si nous voulons progresser, tout le monde doit regarder les faits en face.
Ca peut ressembler à de la propagande pour le gouvernement actuel, mais
je n'ai pas changé depuis 1988, quand j'ai rejoint le mouvement pour
la démocratie. J'ai vécu sous le régime socialiste de 1962
à 1988 - encore un conte de fées, de l'isolationnisme celui-là-
En 1988, nous savions qu'il était temps de nous joindre au concert des
nations. Par milliers, nous sommes descendus dans la rue; j'ai rejoint la Ligue
Nationale pour la Démocratie (NLD) et pendant une année j'ai travaillé
comme assistante de Ma Suu, comme on l'appelait. J'ai soutenu sa campagne jusqu'au
20 juillet 1989, quand elle a été assignée à résidence,
tandis qu'on m'envoyait à la prison de Insein à Rangoon, ou j'ai
passé près de 3 années.
Je ne regrette pas mon séjour en prison, je n'en fait reproche à
personne, c'était un risque à courir, nous en étions conscients.
Mais mes camarades de prison et moi-même, nous commençons à
nous demander si nos sacrifices en valaient la peine. 10 ans après, nous
avons l'impression que le travail que nous avions entrepris a été
dilapidé, que la force s'est dissipée.En travaillant avec Ma Suu,
j'ai appris à l'aimer profondément. Je l'aime encore. Lorsque
son assignation à résidence fut levée en 1995, nous avons
espéré que le pays irait de l'avant. Nos besoins étaient
immenses, à commencer par le logement, l'alimentation, les soins médicaux.
C'était ça, pour nous, le mouvement pour la démocratie;
il s'agissait surtout d'aider les gens. Ma Suu aurait pu vraiment changer notre
vie. Avec son influence et son prestige, elle aurait pu demander le soutien
des principaux donateurs, comme les USA ou le Japon. Elle aurait pu inciter
les entreprises étrangères à venir investir ici, pour créer
des emplois et bâtir une économie stable. Elle aurait pu entamer
un dialogue constructif avec le gouvernement, posant les jalons d'une démocratie
solide.Au lieu de cela, elle a choisi le contraire, elle a mis la pression sur
le gouvernement, en enjoignant aux investisseurs étrangers de boycotter
le pays, en demandant le gel de l'aide internationale. Nous étions nombreux
à lui dire que ce serait contre-productif. Pour nous, le progrès
économique amènerait une amélioration politique. Les gens
ont besoin de travail pour nourrir leur famille. Ca ne parait peut-être
pas une aspiration bien noble, mais c'est la vérité première
que nous affrontons chaque jour.Ma Suu a choisi une attitude hautement morale,
refusant tout compromis, ce qui a ému les esprits à l'étranger.
Malheureusement cette approche nous a coûté cher, dans la rue.
Les sanctions ont accru les tensions avec le gouvernement, et beaucoup ont perdu
leur emploi. Et elles n'ont rien apporté de positif.


Les
mouvements pour les droits de l'homme estiment qu'ils nous aident; mais ils
pensent avec leur coeur, pas avec leur tête. Ils disent que les investissements
étrangers profitent au gouvernement et pas aux gens ordinaires. C'est
faux. Le pays a survécu près de 30 ans sans aucun investissement
étranger. En plus les USA, le Japon et les autres ont supprimé
toute aide en 1988, et les USA ont imposé des sanctions en mai 1997.Et
pourtant tout cela n'a rien change, c'était un message creux.Deux occidentaux
-l'un éminent universitaire, l'autre diplomate, m'ont dit un jour qu'en
affaiblissant l'économie, les sanctions et boycotts mèneraient
à la révolution, parce que les gens n'auraient plus grand-chose
a perdre. Cette idée leur plaisait; une révolution qu'il pourraient
suivre de loin, bien a l'abri chez eux.Ce romantisme naïf, nous autres
au Myanmar, on en a assez. Vous seriez prêts a nous plonger dans la misère
pour nous obliger a faire la révolution? Les étudiants Américains
posent en combattants de la liberté, tandis que leurs politiciens clament
qu'ils préparent l'avènement de la démocratie en imposant
leurs sanctions. Mais c'est nous les Birmans qui payons le prix de la rhétorique
creuse de ces héros de pacotille. On est de plus en plus nombreux, ici,
à se demander si c'est pour ça qu'on s'est battus, si c'est pour
en arriver la qu'on nous à jetés en prison?Malheureusement le
conte de fée Birman est si largement accepté qu'il semble à
présent impossible d'en appeler au pragmatisme. Le politiquement correct
est devenu si fanatique que tout critique public du NLD ou de sa dirigeante
se voit accusé de trahison. Appeler au réalisme, c'est se voir
cataloguer comme pro-militaire, voire pire. Mais quand le réalisme devient
un gros mot, l'évolution devient impossible.Alors, posez vos baguettes
magiques et pensez à nous: nous sommes un pays pauvre, mais un pays vrai.
Le Myanmar a de nombreux problèmes, la plupart entraînés
par près de 30 ans d'isolationnisme. Nous isoler encore ne va rien résoudre,
et les sanctions vont nous renvoyer en arrière, pas nous faire avancer.
Nous avons besoin d'emplois, nous avons besoin de nous moderniser. Nous devons
rejoindre les autres nations. Ne nous fermez pas cette porte au nom de la démocratie.
Je suis sûre qu'en Occident, les contes de fée ne finissent pas
si mal.

MYANMAR
