CARNET DE ROUTE 6


Naggar, 1er Août 2002,
Dans Kim, de Rudyard Kipling, on trouve une description de l'éveil de l'Inde, des montagnes du nord aux plages du sud, et Kim se sent partie de cette multitude d'énergies ; c'est ce qu'on peut ressentir devant ces foules lentes qui semblent cheminer de nulle part vers n'importe où, sans but précis qu'une vague quête spirituelle, plus souvent spirituroupielle. Il se dégage de ces marcheurs, de ces assis du bord des routes, une force d'inertie extraordinaire, l'impression qu'une météorite sur la tête ne les surprendrait pas plus que la contemplation hébétée d'un touriste qui passe ; si le temps est de l'argent, les Indiens sont tous millionnaires, comme beaucoup d'Africains.

Il m'a fallu près d'un mois de réadaptation pour apprécier à nouveau l'Inde, après mon récent séjour en Asie du Sud-Est. Sale, inefficace, bordélique, sous-développée, mais finalement si riche en rapports humains, si simplement chaleureuse et attachante, qu'on finirait par avoir l'impression d'y avoir créé de solides racines.

Hier j'ai mené une de mes motos chez le mécano à Manali, 25km, et il était évident que j'emmenais deux passagers, à choisir équitablement parmi la douzaine de gamins qui viennent ici chaque jour. "Your mama no problem? No problem" Ah bon. Et hop, nous voilà en vadrouille pour la journée, petite fugue à 3 sur la bécane, baignade à la cascade, bain chaud au temple de Vashisht, des courses, des rencontres, une petite récré, vu que les vacances sont arrivées il y a une semaine, pour un mois, et que ma maison est un peu envahie par les gamins; pas de clients pour la crêperie, qui n'est pas souvent ouverte pour cause de vadrouilles et baignades. Les premiers viennent me réveiller dès 8 heures, malgré mes coups de pieds, ils s'installent sous la véranda avec leurs devoirs et n'attaquent le volley et badminton qu'un peu plus tard, après le petit-déj préparé et bouffé en commun, toutes castes confondues ; ensuite vaisselle, ménage, là aussi, grande première, les petits Thakurs (caste des Rajputes) se sont mis à la vaisselle avec les Lohars (vraiment bas de gamme, la caste des gitans forgerons), alors que ces derniers sont interdits d'entrée chez les premiers, et qu'ils ne mangeront pas dans la même assiette ; ici ils me piquent ma brosse à dents, c'est pas très hygiénique mais ça crée des liens, ne serait-ce que microbiens. Les adultes, pourtant très à cheval sur la structure sociale, commentent que leurs gamins deviendront peut-être de meilleurs citoyens. De meilleurs nageurs en tous cas, car nous allons tous les jours à la rivière, et les plus jeunes savent à présent nager et plonger, alors que les adultes du coin sont très mal à l'aise dans l'eau. En ce moment il y en a quatre ou cinq en haut en train de jouer aux sept familles, cadeau de Gigi, tandis que les autres font de la balançoire dehors ; c'est le premier jour depuis un mois où j'ai un peu de temps pour écrire.

 

Le courant revient ! Scènes de la vie quotidienne dans un pays sous-développé : une ampoule grille, caramba ! le cuivre de la douille, trop mou, s'est soudé à la base de l'ampoule, comme à chaque fois ; on force doucement et soit la douille vous reste dans les doigts, soit l'ampoule explose ; changer une ampoule prend en moyenne dix minutes. Hier je décide de déboucher l'évacuation de l'évier : le système inox + galva + plastique est grippé, tout se tord et l'ensemble me reste dans les doigts ; plutôt que de descendre à 5km faire le tour du village avec mon modèle (rien n'est standard en Inde, "same-same but different"), je tente la réparation genre navigateur solitaire, avec un bout de tôle, un marteau, une pince, un clou, un écrou de rétroviseur…une heure plus tard, victoire, ça tient et ne fuit pas. Je me tourne vers mon super four électrique où mon pain lève patiemment : deuxième coupure de courant quotidienne. Les gamins vont faire les courses de farine et sucre, à transvaser dès leur retour depuis les sacs en plastique vers des conteneurs à l'épreuve des souris, à l'aide d'un entonnoir acheté spécialement pour ne pas trop en perdre ; un autre me livre chaque soir le lait de sa vache, à faire bouillir de suite ; et bien entendu, sauf si j'en colle un de corvée, le lait déborde à chaque fois, car il m'est impossible de passer 5 minutes face à une casserole, toujours quelque chose de plus intéressant à faire, et dire que certains peuvent garder la tête assez vide pour monter la garde toute une journée dans une guérite ! Ce qui prend dix minutes en occident peut prendre la journée, voire la semaine dans les pays " en voie de développement ". Y'a du chemin pour rattraper le retard ; d'un autre côté, ils n'ont pas le temps de s'ennuyer et attrapent peu d'ulcères dû au stress. Et pendant ce temps la famille de Népalais casse des cailloux au pied de la maison, pour 13ff/jour, 9ff/jour pour un enfant en âge de travailler (10/12 ans).
L'Inde, c'est aussi le règne du babou, le petit fonctionnaire qui a élevé l'innéfficacité, la paresse et la corruption au rang des beaux-arts : Naggar est pourvu d'une centrale électrique disposant d'une trentaine de lampadaires en marche toute la nuit (4 suffiraient, mais les fonctionnaires sont logés sur place), alors que le village n'a pas d'éclairage public. Et ils réussissent la prouesse de couper le courant au moins deux fois par jour, sans prévenir bien sûr. Chaque fois qu'un de ces feignants s'approche du pylône qui dessert le quartier, c'en est fait du courant pour quelques heures au moins. Chaque fois qu'il pleut le pylône disjoncte, avec son vague placard métallique disjoint. Je leur ai proposé de distraire une partie de mes mirobolants bénéfices pour investir dans la pose d'une tôle de protection de l'ensemble, mais ce n'est pas la procédure administrative habituelle, qui doit suivre son cours tortueux semé de bakshich, " after some time ".
D'un autre côté, j'ai obtenu le téléphone en 3 jours moyennant 3000 roupies (80euros) de bakshich, au lieu d'un an et demi d'attente en moyenne, pour les 500 roupies officielles.

Idem pour les hameaux du haut village, peuplés de basses castes, et qui sont régulièrement privés d'eau plusieurs jours d'affilée.

Pendant le mois de juin, après avoir réintégré mes pénates himalayennes, j'ai subi les assauts des puces et araignées qui avaient proliféré dans la maison, plus quelques rats et souris, et trois cobras dehors ; ensuite sont venues les mouches, jusqu'à ce qu'un touriste Italien m'offre un attrape-mouche en papier collant, gadget introuvable ici ; à présent c'est l'arrivée des moustiques, pas trop pénibles, et des crétins de hannetons, pilotes lamentables qui passent le gros de leur temps à vrombir avant de se crasher sous les lampes, tombant invariablement sur le dos, et agitant leur bêtes pattes en vain, comme des tortues retournées. En plus quand on décide d'en relever un, il pince, ce gros con ! Alors les suivants sont catapultés d'une pichenette impitoyable dans le jardin.

 


Grâce à mon petit poste radio ondes courtes à 200 roupies, je capte régulièrement les nouvelles du monde, surtout la BBC, Voice Of America, la Chine, l'Egypte, l'Allemagne, la Suède, parfois la Roumanie ou l'Iran, plus difficilement RFI, mais de toutes façons la radio française est trop axée sur son nombril et les nouvelles de ses ex-colonies Africaines, qui n'ont que peu d'incidence sur le reste de la planète.

Ce "pauvre" continent Africain est toujours la dernière roue du char, survivant dans une dépendance totale et hypocrite de l'occident. Hypocrite, parce qu'il est politiquement incorrect d'évoquer ce qu'ils savent depuis leur pseudo-indépendance, à savoir que la majorité des états sont soumis à l'arbitraire de rois nègres sanguinaires et égoïstes, pour qui le pouvoir n'est qu'une source d'abus et d'enrichissement personnel. Et cependant les Occidentaux continuent de traiter avec eux comme s'ils étaient des chefs d'état responsables et civilisés (Kabila, comme tant d'autres crapules et assassins, reçu comme chef d'état à l'Élysée !). Peut-être serait-il plus honnête soit de leur supprimer les allocs régulièrement détournées par ces fantoches, soit de les administrer directement, en virant les sangsues qui les dépouillent. J'ai souvent entendu des Tanzaniens, Namibiens, Nigériens ou autres parler avec nostalgie de la colonisation "au moins on était soignés gratuit à l'hôpital, l'école était gratuite et on avait de quoi manger" "oui, mais vous êtes libres !" leur rétorquais-je dans un élan indépendantiste, "libres de dire qu"on a faim et qu'on n'a pas de quoi envoyer nos enfants à l'école! " (c'est en général un cousin du président qui détient le marché des uniformes scolaires obligatoires).
Mais le dernier G8 a décidé de faire un geste envers l'Afrique, comme d'habitude. Georges Buisson pour sa part a surtout réussi à obtenir l'anéantissement des missiles Russes ; moyennant 20 milliards de dollars pour désarmer et une invitation à rejoindre le club, voici les Russes incapables de résister à une attaque Américaine. Il ne reste donc plus aucune nation capable de s'opposer militairement à l'hégémonie de ceux que Khomeini appelait "le grand Satan". L'Europe, divisée, a près de 10 ans de retard en matière de technologie militaire, et même le système GPS dépend des satellites US, ces derniers en faussent la précision pour nous autres métèques, et peuvent couper l'émission en cas d'urgence, tandis que la NSA espionne nos moindres mouvements ; la Chine, dernière puissance non alignée, est encore dans les limbes de l'informatique, quant à l'Inde, il suffit de dresser un barrage de vaches sacrées pour mettre fin à toute velléité belliqueuse, c'est le plan B que je vends à Musharraf, un bouclier bovin !

 
 

La radio reste un merveilleux outil de propagande. Trois jours après un discours de Georges Buisson, enjoignant aux Iraniens de changer de politique, et la réaction de colère de ces derniers, VOA lance un message conciliant au peuple Iranien, au nom de la longue amitié ( ? !) unissant les US et l'Iran. Il s'agit là du message quotidien "exprimant les idées du gouvernement Américain". Puis Bush enjoint aux Palestiniens de virer leur président élu, sous menace de ne pas leur accorder un état Palestinien (à la niche, Koffi Anonne et ses UN boys). Buisson s'oppose là encore sans vergogne à ses alliés-sujets Européens et Russes. Le grand Georges prépare à présent tranquillement le renversement de Saddam Hussein, de l'intérieur de préférence, en finançant et entraînant les Kurdes au nord, les Chiites au sud, genre la CIA forme les Talibans contre les Russes et se retourne contre eux quand ils deviennent insoumis. Georges s'inquiète quand même des attaques probables entraînées par ses actes, tout en exigeant, et en obtenant par le chantage au veto UN sur la Yougoslavie, la scandaleuse immunité pour les US devant le nouveau tribunal pénal international contre les crimes de guerre, contre l'humanité et génocide. Et il obtient gain de cause ! Comme dit l'autre, on croit rêver. Crainte d'être inculpé pour le " collateral damage " et ses exactions en Affreusistan et ailleurs ? Ils viennent de refuser de signer un accord international contre la torture, qu'ils pratiquent allègrement hors US. Et tout soudain, en pleine croisade, le bon toutou UN sort un joli rapport consternant sur l'état de la société arabe, mettant en avant le retard considérable des nations arabes dans tous les domaines. Quand on sait que les UN ne sont que l'oripeau de légalité des US, avec le gentil oncle Tom à la barre, on peut s'interroger sur la finalité de ce rapport : ses effets les plus sensibles seront une vague de contestation (orchestrée et financée par la CIA comme d'hab) dans les pays arabes, ce qui permettra de mieux les diviser et les affaiblir face aux US.

Et il ne faut pas oublier que les US soutiennent activement les pays arabes ou musulmans aux régimes les plus rétrogrades, Arabie Saoudite, Koweit, Soudan, Jordanie, Afghanistan, Pakistan, Tajikistan, Ouzbékistan, Kazakstan, etc, et même l'Algérie et le Maroc ont été félicités récemment pour leur collaboration active avec la CIA.

Ce rapport aurait été cent fois plus sinistre s'il s'était penché sur l'Afrique noire, lieu de tous les abus et retards, mais c'est là un continent soumis, aux populations dociles et incultes, exploitées depuis toujours et maintenues allègrement dans une dépendance totale de l'occident, par une habile combinaison d'abrutissement religieux et d'aumônes conditionnelles. Continent éternellement à la traîne, poubelle de l'histoire du monde ; les démocraties Africaines se comptent sur les doigts d'une main, et il en reste à se fourrer dans les naseaux !

Et régulièrement, entre deux massacres de paysans Afghans, l'Amérique entière s'émeut et se mobilise pour sauver une baleine égarée ! Il s'agit sans doute d'un phénomène d'identification avec ces obèses débonnaires, qui se gobergent sans états d'âme sur des milliards de crevettes malingres…

Selon un nationaliste Russe d'extrême droite entendu à radio Moscou, les blancs constituent moins de 9% de la population mondiale, nous voici en voie de disparition ! Vite vite, du métissage !
Et cette infime minorité, pour renforcer et étendre son contrôle des ressources planétaires, s'efforce d'en contrôler les populations.

Ce matin, une communication d'Action Aid, concernant les 14 millions d'Africains du sud du continent qui plongent dans la famine, accrochez-vous : Les US veulent leur envoyer des graines de maïs génétiquement modifié ; quand on a faim, on n'est pas regardant ; et bien justement si : conscients que s'ils plantent ces graines, le marché européen leur sera fermé, les responsables locaux, dont le délirant Mugabe du Zimbabwe, demandent que le maïs leur soit fourni sous forme de farine à consommer sur place et pas à planter ; nenni répond l'oncle Sam, c'est les graines d'OGM ou vous crevez les bras en croix et la gueule ouverte ! Si si je vous assure, l'Amérique se soucie du bien-être de l'humanité !

Que faire ? Et bien, devant la collaboration de plus en plus servile de nos gouvernements face à l'hégémonie Américaine (rappelez-vous de la banane de Soissons), il ne nous reste plus que le choix, le refus de collaborer à titre personnel : personne ne peut vous forcer à acheter du Coca, des Levi's ou des Malbobos ! Et si chacun d'entre nous peut convaincre dix personnes de son entourage, ça fera boule de neige, et on atteindra l'Amérik là où ça leur fait mal, le portefeuille. La semaine dernière VOA a employé pour la première fois le terme de "horrific day", il s'agissait de Wall street qui se cassait la gueule…
Et à propos comment se fait-il que Coca et Pepsi continuent d'inonder l'Europe, alors qu'il est obligatoire en CEE d'inscrire sur l'emballage tous les ingrédients des produits alimentaires ? Les Indiens avaient viré Coca Cola pendant une dizaine d'années justement à cause de ce détail (Pepsi avait lancé une rumeur de composants animaux chez Coca…).

 

 


En tous cas, je ne vends plus de Coca ou Pepsi dans mon resto, même si je suis sans doute le seul en Inde. Et comme ils ont absorbé 95% des boissons locales, il ne me reste que thé et jus de fruits locaux. C'est vrai, j'ai peu de passage, mais quand même, l'honneur est sauf, dans mon Bagdad Café ! VOA annonçait récemment l'ouverture d'un musée de la finance à New York, car ç'est un 'élément primordial de la culture Américaine', ainsi que l'ouverture à Moscou d'un Bible-Land, par un milliardaire Israélien…


Si si, croyez moi, je n'avais rien contre l'Amérik il y a dix ans, mais les voyages décillent même les aveugles !

Et ce matin, toujours sur Voice Of America, débat de salon entre deux théoriciens sur les plans US d'invasion de l'Irak, la seule hyper-puissance s'apprête, sans états d'âme, à envahir un petit pays pétrolier qui ne l'a jamais attaqué directement, et qui souffre depuis plus de 10 ans d'un embargo inhumain. La principale faute de Saddam est d'être insoumis, et d'avoir à l'époque attaqué une station service américaine, le Koweit, qui n'est toujours pas un exemple de démocratie (les femmes n'y ont toujours pas le droit de vote et les esclaves sont importés directement d'Asie du sud-est, passeport confisqué à leur arrivée). Le débat au cours de cette discussion sur VOA, ce n'était pas le bien-fondé de cette invasion annoncée d'ici octobre, mais "qu'allons-nous faire de l'Irak après avoir renversé Saddam ? Par qui allons-nous le remplacer?' Un pion de plus sur l"échiquier global de l"impérialisme américain.

Le grand Georges, nouveau maître du monde, accuse aujourd'hui les Iraniens de fabriquer des armes de destruction massive et de fournir des armes aux Palestiniens; seuls les Amérikains se réservent le droit d'armer leurs fantoches et d'attaquer ; car, contrairement aux assertions de Georges sur une invasion préemptive de l'Irak pour sauvegarder les intérêts US (lire le pétrole), il s'agit bien là d'une entrée en guerre, des préparatifs tranquilles de l'invasion lâche d'un pays exsangue. Préparatifs tranquilles, car il n'existe plus en face aucune puissance capable de s'opposer au bulldozer Américain. La rumeur selon laquelle Gorbachev était payé par la CIA pour couler l'URSS semble bien-fondée ; diviser pour mieux régner et contrôler les moyens de production par l'investissement de capitaux ; car selon James Garfield, "celui qui contrôle l'économie contrôle le pays" (quelle pression par exemple peut appliquer l'Estonie, avec ses 1 million 500 mille habitants et ses implantations et capitaux US ?). Arguant de l'excuse du 11 septembre pour lancer sa conquête du monde au nom de sa croisade anti-terroriste, Georges a tombé le masque.

Et cependant une agence américaine informe Georges Buisson que son gouvernement souffre d'un véritable problème d'image négative dans le reste du monde, à cause des coupes dans le budget des agences de propagande chargées habituellement de diffuser la bonne parole US aux métèques, sous couvert de campagnes humanitaires, USAID, films à maxi-budget de lancement mondial, concerts, nouvelles en anglais lent et distinct sur VOA (news in english for beginners), etc… Tiens à propos, j'ai regardé Armageddon avec Bruce Willis, sur un VCD pirate : scénario habituel, les Américains sauvent la planète entière d'une météorite, les autres nations ne sont impliquées que comme faire-valoir, pâles figurants, carrément ridiculisés (cosmonaute Russe frapadingue et mal rasé, Français béret-baguette, musulman barbu-turban), Paris est détruite en deux secondes, tour Eiffel comprise of course ; fin du rôle Français ; et partout dans le monde des caricatures d'étrangers devant leurs monuments typiques (Taj Mahal, grande mosquée, pyramides…) lèvent les yeux au ciel vers la gentille Amérique qui va les tirer d'affaire ! En prime, avec le défilement saccadé du VCD sur mon vieil ordinateur, on a de jolis arrêts sur les images subliminales disséminées tout au long du film : drapeau américain toutes les deux minutes, et même un vieux poster de JF Kennedy souriant avec un slogan positif US en-dessous, le tout en fond derrière un des acteurs principaux.


L'invasion est partout, et il est temps d'en prendre conscience, de refuser de collaborer tant qu'on peut encore s'exprimer ; nous avons le devoir de résister ! Je propose de décerner un prix 'Rêve d'Adolf&Benito' à Georges Buisson. Et les demeurés qui prétendront que je délire et qu'on ne peut rien faire feraient bien d'ouvrir les yeux et de se rappeler que la France des 70% de collabos traitait les résistants de terroristes. En ne passant pas à l'acte, nous collaborons. Comme dit Georges, "ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous !" Ben je préfère contre.

Oui bon, tout ça n'a guère de rapport avec les voyages en moto, bateau ou autres, mais c'est un forum de réflexion, des notes de voyage, et j'ai du temps et du goût pour écrire, alors pourquoi pas ? Et puis je finirai peut-être par avoir des clients Américains, envoyés par la CIA pour me couper le sifflet, ça fera toujours quelques passagers de plus…

 

Retour à L'Inde, en Himachal Pradesh. J'ai lu sur le web que mon site donnait une vision un peu pessimiste de l'Inde ; que nenni ! Simplement en vivant sur place, on n'est pas dupe longtemps des exotismes enchanteurs pour le touriste de passage. Par contre, je vais parler un peu plus des aspects positifs, qui sont nombreux au point que beaucoup décident de vivre ici. Là par exemple, après deux ou trois jours et nuits un peu trop intenses, j'ai décidé d'écrire malgré la présence de, comptons… 6 gamins du coin. Du coup, ils sont là sur les nattes, calmes, certains font leurs devoirs, d'autres s'éclatent avec le mémo-jeu que je leur ai fabriqué l'an dernier, les rires et désaccords sont feutrés, ils respectent ma bulle ; ce matin c'était volley et badminton dans le jardin, petit-dèj en commun sur la véranda, ménage et vaisselle, grande première, l'aîné des Thakurs, avec son ami Brahmine nouveau visiteur, s'est lancé dans le balayage de la maison, tâche basse-caste par définition, que même dans cette région de forêts les balais n'ont pas de manche, accentuant par là le côté humiliant du balayeur, forcé de nettoyer la merde des autres. Ah et puis on a eu une pénible séquence de pogrom : après avoir piégé un rat, flingué en équipe de nuit une souris qui se jouait des pièges et du poison, j'ai décidé de gazer le reste du petit peuple sous le plancher de la chambre du fond ; coupé le courant (volontairement, ça change) tout calfeutré, bouteille de gaz, tuyau sous le plancher et avanti pleins gaz pendant 10mn ! Ensuite je sors une tente de sous le lit, on la monte dans le jardin, pour une famille qui monte demain au col invoquer la pluie, et hop, une souris en convulsions sort du sac de tente ! les gamins la satellisent de l'autre côté de la route.
La mousson n'est toujours pas arrivée ; la déesse locale a prévenu qu'elle se ferait la malle si la pluie n'arrivait pas d'ici deux jours ! C'est assez grave pour justifier une procession jusqu'au col de Chanderkhani, 3650m ; départ à 5 heures du matin, la déesse sera portée en grande pompe, précédée de ses trompes, cymbales et tambours, et une bonne partie des villageois l'accompagnera, ce sera l'occasion d'un long pique-nique et d'une soirée camping où la tente que j'ai prêtée remportera un franc succès. Les gamins m'invitent à monter aussi, mais je ne suis pas sûr d'être bienvenu dans un rite religieux, même si je suis convié régulièrement aux occasions sociales du village.

 


Bon, c'en est fait de l'atmosphère studieuse, les questions sur l'ordinateur font place à celles sur les pays figurant sur mes photos, quelques mains tâtent mes biceps "hmm, you body !", bref c'est l'heure de la pause, et après tout pourquoi pas, rien ne presse et le rapport humain est bien plus gratifiant que l'ordinateur. Moi qui avait envisagé à mon retour de Thailande de m'installer dans ma tour d'ivoire et de travailler mon site, puis mes langues à partir des nombreux CD ramenés de Bangkok, c'est râpé ! Et voilà qu'Arunbruti se penche sur mon épaule pour tenter de lire mes textes en français (Abruti est le mot français le mieux partagé dans la région depuis mon arrivée). Le jargon fleuri local me devient familier : pindi raja, le roi des vents, half-mind, cracked mind, half-crazy, full-crazy, kuta mind, gadda mind, langur mind, (cervelle de chien, d'âne, de singe)… La notion de voyou (bad boy) est assez relative : ici, c'est surtout un garçon de 14 ans qui fume en cachette, vole 3 pièces dans les offrandes du temple, pique des pommes sur les arbres et emprunte un scooter la nuit pour le crasher en bas du village ; rien de bien méchant, et là, en ce moment, la moitié des mauvais, plus quelques bons, sont en train de prépare notre collation de ..15 heures : crêpes, fromage maison, compote de pommes du jardin, pain sorti du four et chaï masala (lait, eau, sucre, gingembre, cardamome, un soupçon de poivre parfois) ; ah bon c'est prêt ciao.
Tiens on va faire une tarte aux pommes ; je dépèche un de mes fripons dans le premier pommier du jardin (l'autre appartient à un autre oncle, qui a promis de leur couper les jambes, celui-là est donc réservé au chapardage vespéral), il ramène dix pommes, que cinq garçons, castes mélangées comme d'hab, sont affairés à débiter, d'autant volontaires qu'ils vont la bouffer. j'ai accroché deux Belges qui passaient, ils viennent goûter nos crêpes après visite du musée, premiers clients depuis une semaine, mais je n'étais pas là souvent.

Une petite bagarre éclate, je les jette tous deux sur une branche avec mission de faire 3 pompes, calmés, l'un rejoint un jeu de cartes dans le jardin, tandis que je file à l'autre de quoi dessiner les joueurs de cartes, un futur Van Gogh peut-être, celui-ci sort ses dessins de sa tête, sans copier, ce qui est rare ici, et ses nuages sont audacieusement différents. Une partie de ballon prisonnier, un chaï avec 12000 tranches de pain, et hop cinquième coupure de courant ! Juste le temps de fermer l'ordinateur, et j'envois le proprio de la maison, avocat du village, tenter de convaincre les arriérés de la centrale de relancer le courant. Il en ramène un qui, sans conviction, promène sa loupiote déficiente autour du pylône fatidique, tripote deux-trois fils, son entrejambe, ses naseaux ; le courant revient deux-trois secondes par intermittence, puis c'est à nouveau le black-out ; problem somewhere else paraît-il, encore une soirée à la chandelle. Tranquille jusqu'à 1 heure 35 du matin ; réveillé en sursaut par un bruit de rat dans la cuisine, je bondis pour engager les hostilités à la frontale avec mon adversaire extrêmement retors ; l'animal, gris-noir, passe et repasse en me narguant, masque à gaz en bandoulière, il se gausse de mon piège, du poison et du gaz, se faufile entre mes pieds et réussit à disparaître dans les plus minuscules anfractuosités. Il a attaqué un sac de tente pour se refaire un nid. Après une pause radio-cigarette sur la véranda, je retourne à l'attaque. Cet envoyé du diable a réussi à se glisser dans une sacoche de moto étanche ; je la vide dans un grand sac, sors l'ensemble et l'éclate sur la terrasse ; fin du troisième round par KO du rongeur maudit à 3 heures 30. Je me recouche et à 4 heures les tambours du temple lancent une aubade impromptue ; enfin un peu de sommeil, puis les maçons du chantier attaquent à 6 heures. Qui a dit que les nuits à la montagne manquaient d'action ? Réveillé à nouveau par la fanfare du temple à 8 heures 30, un peu vaseux, je descends faire acte de présence ; le départ prévu à 5 heures traîne un peu. Une autre déesse arrive en renfort sur son palanquin ; vu le grand soleil, deux divinités ne seront pas de trop pour faire venir la mousson ; c'est pas gagné. Une bonne partie du village s'élance joyeusement à l'assaut pacifique de la montagne, ce sera l'occasion d'une bonne ripaille dans les prés, et ça soude la communauté. Les croyances locales sont bien ancrées : le jeune avocat, et informaticien, m'affirmait sérieusement l'autre jour que sa grand-mère avait pour habitude de voler jusqu'au col de Chanderkhani, mais elle a arrêté après son mariage (pas d'épouse volage ici).

Et bien sûr tous les gamins du village ne sont pas montés, il en reste, heuh…5 ou 6 dans le jardin, l'un fait sa lessive puis recoud son pantalon, d'autres jouent, dessinent, tout ça après un copieux petit-dèj et quelques courses. L'abruti en chef vient de se faire prendre les doigts dans le piège à rats ! Je lui ai proposé de goûter aussi le poison délaissé par ces derniers. Il pitrougnent tout ce qu'ils voient, le PQ des 'latrines' les fascine, ça donne lieu à de grandes théories, de même que la manière de s'asseoir sur le trône. Je récupère régulièrement mon huile de cuisine dans la salle de bains, car après la douche il convient de s'enduire les cheveux et de se passer toutes les crèmes en vue sur le museau, plus un coup de coton-tige dans l'oreille quand j'oublie de les planquer. A présent, l'air de rien, ils tambourinent sur les bidons vides qui servent de planches de natation, en attendant que je m'extirpe de mon ordinateur pour les emmener à la rivière. Je leur ai suggéré d'y aller à pied et que je les rejoindrai plus tard, mais non, c'est plus rigolo de se balader dans le village et sur la route à 5 sur la moto. De toutes façons, la sortie du jardin est temporairement bloquée par l'abruticamion qui décharge ses briques à la main.

La plupart des gens qui font du trek sont des sédentaires tentés par un peu de nomadisme temporaire ; pour moi c'est l'inverse, je joue à me créer une base temporaire, d'autant plus agréable que je peux la quitter dès que le vent me reprendra les semelles, quitte à y revenir de temps en temps, pour conserver les solides rapports qui se sont formés, comme au Ladakh ou au Laos.

C'est sans doute pour ça que je n'éprouve pas encore le besoin de partir en trek, je suis bien ici, pour l'instant, et quelques mois de pause, sans avoir à traîner un sac ni se soucier d'où on va dormir, c'est bien agréable. Sac à medre ! Abrutinu vient de dropper un bouquin sur le clavier! Cette fois je l'avorte rétroactivement! Bon c'est l'assaut sur mon bureau, allons donc nous baigner.

A la rivière, les plus grands (18-23 ans) squattent le barrage du haut, et me convient à un water-polo endiablé avec une pomme comme ballon, remplacée à chaque but. Ensuite séance bronzette, papotage, tatouage au stylo (dragons et cobras, Shiva, guitare, lion…), le guitariste entonne quelques chansons, demain il amène sa guitare à la rivière. Pas de ségrégation inter-âges, les petits ont voix au chapitre, un grand fume une cigarette discrètement, sans faire de prosélytisme ni susciter d'intérêt. Encore une après-midi cool et chaleureuse. Par contre grand beau temps, les deux déesses doivent s'époumoner au Chanderkhani pass, si demain la mousson n'arrive pas, leur crédibilité va s'en ressentir.

La soirée s'annonce tranquille, et puis soudain que vois-je sortir de la cuisine ? Encore une souris (c'est peut-être un petit rat noir porteur du germe de la peste bubonique, alors je m'en tiens à l'appellation de souris, avant de le talibaniser.

La nuit dernière, quand j'ai enfin triomphé de mon adversaire, mon rêve le plus marquant incluait le sauvetage de deux chats en train de se noyer ; reconnaissants, ils me promirent de soutenir mon combat contre le terrorisme des rats et souris. Demain je tâche d'emprunter un chat. En attendant, la nuit s'annonce mouvementée, mais cette fois j'ai de la lumière.

Hé bien non, il y a eu une trêve, nous voici donc au 1er août, frais et dispo à 07 heures, je peux écrire avant les premiers visiteurs amicaux du matin, sans autre contrainte que de préserver mon intimité en gardant les rideaux fermés. Le stress principal du matin, c'était les corbeaux qui me piquaient mes tartines de miel dès que j'avais le dos tourné, mais comme à présent je ne déjeune jamais seul, la sécurité est assurée.

Je reviens sur la minorité blanche, moins de 9% de la population mondiale, qui contrôle et malmène le reste de la planète. Ce besoin du toujours plus, toujours mieux, semble lié à l'éclatement des structures sociales traditionnelles, qui entraîne un besoin de survie plus agressif parce qu'isolé. En Inde par exemple, il n'y a pas de système de chômage ou retraite, hormis pour les fonctionnaires ; c'est pourquoi la famille élargie reste extrêmement soudée, cohérente : les plus âgés s'occupent des plus jeunes, qui en grandissant se rendent vite utiles, puis assurent la sécurité matérielle et affective de leurs aînés, et ainsi de suite. On comprend que le planning familial ne répond pas vraiment à cette structure d'entraide traditionnelle ; plus on a de fils productifs, plus on aura une retraite confortable ; les filles sont bien moins rentables à cause du système des dots, sauf dans certaines régions où on les vend jeunes à des barbons.

Déjà lors de la conquête de l'Amérique du nord, les Indiens faisaient aux blancs ce reproche du toujours plus : "Quand un Indien des plaines chasse le bison, il ne tue que ce dont il a besoin, et qu'il pourra conserver, quand il pêche, même chose, ça permet aux bisons et poissons de se reproduire pour la prochaine campagne de chasse ou de pêche ; pourquoi le blanc veut-il à chaque fois toujours tuer plus que ce qu'il pourra consommer ou emporter ?". Pour la gloriole et le profit cher monsieur. C'est ainsi que les bisons disparurent en quelques années, tout comme les filets dérivants de 20km déciment les océans. "Mais le profit pourquoi ?" "Ben pour acheter des choses !" "Mais qui servent à quoi ? qui a besoin de plus qu"un cheval, une arme, de quoi dormir confortablement et manger à sa faim ?" "Ben, faut bien montrer qu'on est le meilleur chasseur ou pêcheur non ? " "Comment, tu n'es donc pas assez sûr d'être bon qu'il te faille le prouver en permanence, dans chacun de tes actes et par l'acquisition d'objets inutiles?" "Mais y m'énerve ce négro ! Bang !"

On assiste sur les autres continents à l'émergence d'une nouvelle bourgeoisie, classe moyenne séduite par l'idée de profit et de consommation, et ils sont systématiquement gros, car la surcharge pondérale est l'aune de base de l'évaluation de la richesse et du pouvoir dans les pays pauvres ; ces familles de gros s'entassent dans leurs voitures à crédit, se regroupent dans leurs quartiers protégés, partent en vacances, promener leur grasse progéniture et leurs gadgets sous le nez des démunis, et deviennent la proie des ulcères et des infarctus dûes au stress, et des kidnappeurs. Qui a vraiment besoin d'une cuisine intégrée, d'un salon ou d'une étagère super design dans sa salle de bains, surtout s'il doit s'endetter pour se payer ces inutilités ? Ces pensées me sont venus ce matin en considérant ma salle de bain ultra-moderne pour la région : douche chaude et froide, lavabo, western toilet pour l'essentiel, étagère montée en posant quelques planchettes sur des briques, muret en briques fait main, avec un dégradé et arrondi artistique, ciment coloré sur le tout. Coût insignifiant, et salle de bain la plus visitée et utilisée de la région. Je suis sûr que mon voisin le Dalaï-Lama ne s'amuse pas autant dans sa salle de bains luxueuse. Même chose pour l'ameublement, rien de cher ou de fragile, à part l'ordinateur ; on peut courir partout sans risquer de briser la potiche de grand-mère ou la chaîne stéréo-lasero quadri-atomique, arbre à came en queue. Et pas de télé ou de jeux vidéo, bouffeurs de temps et de créativité. Je n'ai même pas encore visionné mes dix VCD ramenés de Bangkok ; on a bien fait deux trois séances home cinéma, avec un film d'action bien simplet, mais les petits s'endorment vite et les grands ne tiennent plus en place au bout de vingt minutes, donc, action !

Et cependant j'apprends par la radio que la Russian tea-room de New York a investi 30 millions de dollars dans la rénovation et la décoration de ses trois étages. Ca en représente, des années d'efforts pour un ménage ordinaire, on pourrait acheter, voyons mon échelle des valeurs et ma calculette…300 bateaux à 100 mille dollars ! ! ! Soit des yachts tout confort de 15-20m, soit des chalutiers ou des cargos ; hé, d'occasion bien sûr, tout équipés et prêts à naviguer autour de la planète. Mais bon, chacun ses priorités, et si certains préfèrent jouer en bourse et s'endetter pour 20 ans, ils sont sans doute mieux adaptés à leur milieu qu'aux grands espaces et à la sérénité conviviale. Et puis si tout le monde arrêtait de consommer à outrance, se contentait du nécessaire sans se disperser dans le superflu, les bases de la société de consommation s'effondreraient, carrément les Américains deviendraient pauvres !

Mais moi, là, présentement dis-donc, de quoi je vis ? Ben de pas grand-chose c'est sûr ; pas de safaris depuis avril, pas de ma crêperie, pas de RMI. Quand j'ai besoin de monnaie je puise dans mes coffres, qui semblent inépuisables à mon rythme de consommation. Loyer annuel (10000ff) payé jusque septembre (tiens c'est pas loin), je ne tiens pas de comptes, mais ça doit avoisiner les 20 euros par semaine, en comptant l'essence de mes deux motos. Je ne bouffe que ce que je cuisine, mon café local c'est mon jardin, et cuisine et jardin sont assez fréquentés pour que je nourrisse en plus une dizaine d'affamés. La plage, c'est la rivière, gratuite et amicale, et je ne m'ennuie jamais.

Aujourd'hui, c'est la pose du toit (dalle de béton armé) sur la nouvelle boutique que la famille d'avocats construit au pied de ma maison ; cérémonie de bénédiction, la puja, à laquelle je contribue par le prêt de ma statue de Ganesh, noix de coco cassée sur le toit, on asperge les 4 coins et les participants, on bouffe des sucreries, puis on attaque la dalle, qui sera finie ce soir ; naissance du Naggar World Trade Center, son toit me fera une terrasse. Pourvu qu'un illuminé n'y jette pas un mouton piégé !

Je ne fume pas de joints, mais la vache qui m'est attribuée se goberge des nombreux pieds de cannabis du jardin et des prés alentour, je me demande si son lait est inoffensif. Bon, en voilà quatre qui arrivent pour jouer au mémo-jeu. Quand je pense que pas un de ces malheureux n'a un ordinateur ou une game-boy ! Et ceux qui ont la télé ne la regardent pas. Bon, y'en a huit de répandus sur le lit, en train de regarder les mots qui apparaissent sur l'écran ; filons donc sur Manali envoyer tout ça ! Reste à décider lesquels resteront ici, seuls deux élus sur la moto.

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