Chiang Mai, 8 janvier 2002
3 jours pour découvrir la ville à vélo. Ville bien agréable, 250 mille habitants ; touristique, mais dès qu'on s'éloigne des spots on se dilue. Tout est disponible, tout marche, ça ne grouille pas, les gens ont le temps et le sourire. Quelques heures dans le parc du monastère d'Umong, suave. Chaque moine dispose de sa petite maison, toutes différentes et disséminées dans la forêt, au pied de la montagne. Certains ont la télé, reçoivent des créatures devant leur maison. Une retraite agréable et sereine.
On peut aussi manger à toute heure dans ce pays, et faire des courses 24h/24, entre autres aux 7-11, petits supermarchés de proximité (parfois tous les 500m à BKK). Ici, après l'heure, c'est encore l'heure, donc pas de stress.
Réputation
sulfureuse de la Thaïlande... Le simple fait de savoir que plus ou moins
tout est possible, tout est permis en certains domaines, me pousserait plutôt
à la réserve. C'est un peu comme lorsque l'on habite une capitale
: Il suffit souvent de savoir que tout est disponible, ça ne signifie
pas qu'on va se jeter sur tous les spectacles, films, opéras, expos,
bons restos ou lupanars. C'est la rareté qui renforce la valeur et
donc le manque. Je rêve de librairies quand je reste longtemps en Afrique
Noire. Même chose pour le sexe ici; c'est disponible, et pas nécessairement
tarifé, il n'y a donc pas lieu d'en ressentir le besoin impérieux
ou le manque. Les sexologues, psychologues et autres bobologues n'ont pas
pignon sur rue ici ; un fantasme? un passage à l'acte et ce n'en est
déjà plus un. Un collégien efféminé? la
belle affaire! L'une des filles du roi a sa petite amie attitrée et
ça ne choque personne ; en quel mépris le roi a dû tenir
Mitterrand ou Clinton et leurs "vices" cachés! Ici les rois
et beaucoup d'autres ont toujours eu concubines et/ou mignons, sans que ça
pose problème. Les nombreux scandales dans tous les domaines et la
corruption affichée jusqu'au premier ministre n'empêchent pas
le pays de tourner plus ou moins bien. Les producteurs d'opium du Triangle
d'Or augmentent leur capacité de production pour pallier à la
chute de la production afghane liée à l'occupation US. La rareté
encore... La demande d'héroïne ne fait qu'augmenter en occident,
et les régions productrices sont touchées aussi, pour beaucoup
le Vietnam, et la province du Yunnan en Chine.
J'ai beau regarder autour de moi, la foule Thaie a l'air sacrement relax et bien dans sa peau, souriante, mince, non fumeuse et en bonne santé, y compris les beaux vieillards. Désolé de contredire vos jugements péremptoires, chère madame ; venez donc constater sur place, au lieu de juger de loin, par télé interposée. Et regardez donc au pied de chez vous, si la misère et le sordide ne sont pas présents, et sinistres. Comptez les sourires des gens que vous croisez en une journée dans la rue ou le métro, vous aurez assez des doigts d'une main. N'oubliez pas que vos éléments d'appréciation proviennent d'une minorité privilégiée de la population mondiale, à laquelle les deux tiers de la planète n'ont pas accès. C'est donc entre eux que vous pouvez comparer ces pays, pas avec le vôtre. Ce que j'ai constaté en roulant tout à l'heure, c'est qu'il n'y a pas en Thailande de "road gangs" comme en Inde, ces familles entières de "forçats" Népalais ou Biharis, qui cassent des pierres et préparent du goudron au bord des routes, jusqu'à 5500m d'altitude, avant de rentrer dormir sous les bâches en plastique qui leur servent d'abri pour la nuit par -15, gamins en bas âge compris. Mais il est vrai que je n'ai jamais croisé dans ces coins-la de missionnaires ou de bourgeoises en mal d'humanitaire, trop rude! Alors oui, en comparant avec ce que le reste du monde connaît, la Thailande est un pays très avancé. Bonne découverte télévisuelle du reste du monde qui vous est si étrange chère madame; peut-être avec Rhône-Poulenc, le pollueur numéro un du Rhône, qui "aime la nature" pour Ushuaia.
Comprenez bien, je ne relate ici que des impressions de voyage, il ne s'agit nullement d'une analyse ou d'une enquête, je laisse ça aux ponctionnaires surpayés des Nations Désunies. Je constate simplement qu'en 15 jours de présence physique, dans les beaux quartiers comme dans les banlieues pauvres, ou en pleine brousse, je n'ai guère vue de faces renfrognées, en fait je pourrais les compter sur mes doigts, il m'en resterait.
Même les étrangers (nous en l'occurrence chère madame), quand ils restent un certain temps en Asie du sud-est, finissent par s'adoucir, arrondir leurs angles et abandonner leur attitude de guerrier. J'en sais quelque chose, après avoir "patrouillé" longtemps le continent Africain, la machette à la ceinture. "ici, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté".
Pour l'instant,
pour moi. Ce ne sont que des impressions, le ressenti d'une ambiance, du vécu
quoi. Celui qui veut passer au crible d'une analyse marxiste ou judéo-chrétienne
ce pays jamais colonisé, n'a qu'à venir se faire masser; ça
ira mieux, et il contribuera à l'économie locale plus directement
que par un don à l'Unicef. Curieux que cet organisme ne publie pas
des cartes de vux où figurent ses bâtiments, voitures de
fonction et fiches de salaires. En voyageant, chère madame, la leçon
qui se dégage petit à petit, c'est que vos valeurs et votre
morale sont loin, bien loin d'être partagées par le reste de
la planète, qui bien souvent ignore même l'existence de cette
nation éloignée qui les juge ; et qu'elles ne constituent heureusement
pas l'étalon universel, la référence morale unique, la
globalisation de l'esprit à l'américaine.






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