Naggar, Himalaya Indien, 8 décembre 2001
"La grandeur de Rimbaud restera d'avoir su refuser, en son siècle et son lieu, le peu de liberté qu'il aurait pu faire sien, pour témoigner de l'aliénation de l'homme, et l'appeler à passer de sa misère morale à l'affrontement tragique de l'absolu"
Alors voila, je suis tranquille dans mon cottage de l'Himalaya, sans télé mais avec de quoi lire et écrire, et comme j'aime bien écrire autre chose que des programmes de voyages, ne pas causer que de logistique et de fric, ici ce sera le terrain de nos digressions politico-philosophiques, et nous allons essayer d'établir un système interactif de communication où chacun pourra proposer ses vues sur le monde; genre qui sommes-nous, d'où venons-nous, où allons-nous? Un espèce de forum. Et puis pourquoi pas un espace annonces, échanges, jobs, etc. Toutes idées novatrices bienvenues.
Tiens pour commencer j'ouvre un lien sur http://www.outlookindia.com/ un hebdo d'ici qui vous donnera un autre point de vue-images du monde sur les cow-boys de Georges SuperBuisson et leurs motivations profondes en Affreusistan...Voir entre autres les articles de Arundhati Roy dans les N° d'octobre 8 (The Algebra of infinite justice), 22 (The bomb & biscuit war) et 29 (War is Peace); dans ce dernier l'article 'the fire down below' apporte quelques éclaircissements sur les motifs cachés (projets de pipe-lines américains pour convoyer le pétrole des pseudos états indépendants de la mer Caspienne vers l'Inde et la Chine, via l'Affreusistan et le Pakistan); à cela s'ajoutent les investissements de Georges Buisson (propriétaire d'une compagnie pétrolière) et de la famille Bin Loden (prudence, Big Brother is watching us) dans le maintenant florissant groupe d'armements Carlyle. Normal, après bientôt deux mois de bombardements intensifs, alors que les pilotes rentraient à moitié pleins dès la première semaine, disant qu'ils n'avaient plus de cibles militaires. Ah bon, je comprends mieux le pourquoi du comment à présent; toujours chercher à qui profite vraiment le crime; en tout cas à Ariel Sabra&Shatila certainement, le gaillard ne connaît plus de bornes à sa grande lessive! D'autant que Georges le soutient et que Colin-Maillard prétend que les cow-boys ne peuvent pas dicter leur conduite aux Israéliens, à qui ils octroient pourtant 5 Milliards de dollars par an!! Moi à ce prix-là, j'exigerais au moins qu'ils utilisent mon napalm...
Bon c'est vraiment hors sujet,
mais pas ici, et ça me change des conversations avec les paysans locaux
qui me parlent de leurs petits problèmes, comme partout ailleurs: la
bonne ou mauvaise récolte des pommes ou du cannabis cette année,
les cours qui montent ou s'effondrent, la qualité de leur produit,
etc. Je prête poliment une oreille distraite à leur complainte
internationale, mais je décroche très vite quand on parle chiffres.
Encore de braves gens qui ont du mal à "vivre chaque jour comme
si c'était le dernier" et qui continuent à se débattre
dans des comptes d'apothicaire pour financer leur télé câblée
(et oui, même ici).
ODE AU BLAIREAU
Au petit bonhomme méfiant, fermé, râleur, pingre, soupçonneux, vil, bruyant, lâche, poseur, racionnateur, donneur de leçons, juge et vilipendeur de tout ce qui n'est pas comme lui, fier d'être né Français, à l'instar de son emblème le coq, le volatile qui chante les deux pieds dans la merde :
Un arabe n'est pas forcément un voleur
celui qui fume un joint n'est pas forcément un drogué
ceux qui se tiennent par la main ne sont pas forcément des pédés
celui qui joue avec un gamin n'est pas forcément un pédo
celui qui te parle n'est pas forcément un escroc
un barbu n'est pas forcément un intégriste
une voilée n'est pas forcément une esclave
un moine qui médite n'est pas forcément un schizo
La méditation?? 'quand est ce qu'on mange??'
le mont Moise?? 'il est trop haut!!'
la mer?? 'elle est trop froide!!'
la route?? 'elle est trop longue!!'
le pays?? 'il est trop sale!!'
le camion?? 'quel tape-cul!!'
le service?? 'il est trop lent!!'
le pourboire?? 'avec le prix qu'on paye!!'
le riz?? 'il est trop sec!!'
le poisson?? 'il est brûlé!!'
le temple?? 'y'a des fils électriques!!'
la tombe?? 'elle est trop sombre!!'
les marches?? 'elles sont trop hautes!!'
la bière?? 'elle est trop chère!!'
les lits?? 'ils sont trop durs!!'
le soleil?? 'il est trop chaud!!'
la lune?? 'elle cache les étoiles!!'
le Christ?? 'il pourrait pas sourire pour la photo??'
Hé, blaireau, dans la glace tu vois quoi???
Le voyage est une ouverture vers l'autre, un enrichissement permanent, un savoir partagé, une découverte de modes de vie différents et pas forcément pires ni meilleurs - observez, appréciez, mais ne partez pas pour JUGER l'autre a l'étalon de vos valeurs étriquées, ou restez en pantoufles devant vos télés au lieu de venir nous/vous emmerder
'Coomment?? avec le prix qu'on paye?? on va écrire à NF!!' faites seulement, pauvres petits boursicoteurs, notaires frileux égarés dans le désert...

Bon, un peu de politique à présent. Reçu un numéro du National Geographic, de beaux articles bien creux sur les cobras royaux et la Russie qui remonte, comme le prouve une photo où l'on voit de joyeux crétins déguisés en Pères Noël Coca Cola! Et puis je regarde la date, Novembre 2001. Et rien sur l'Affreusistan et les gentillesses dont les cow-boys les abreuvent depuis le 11 septembre! On croit rêver! Ca illustre ce que m'en racontait un Californien déjanté: leur rapport impérialiste au monde, ils ne veulent pas en parler ; la plage, le surf, le base-ball et la bourse, OK, le reste de la planète peut bien crever. Sartre disait que celui qui choisit d'étudier la civilisation éteinte des Hittites pendant l'occupation allemande prenait en fait, par son silence sur l'actualité, le parti de collaborer.
Deviendrais-je américanoïaque, comme dit Rezvani? En 1998 ou 99, Al Gore, gentil vice-président du gentil Bill, a visité l'Afrique du sud, pour les menacer de rétorsion économique s'ils mettaient sur le marché leur trithérapie locale contre le sida (70% des victimes sont Africaines), car cela nuirait aux intérêts économiques des labos pharmaceutiques américains... dont il était le porte-parole. Ca résume tout le bien que l'Amérique souhaite au reste de la planète. Bon, vu la pub adverse que ça entraînait, ils ont fini par lâcher l'affaire. Et d'ailleurs pourquoi aucun des serviles chefs d'états européens n'a-t-il posé de conditions à son soutien à SuperBuisson? En lui suggérant de signer les accords internationaux qu'il avait rejeté, sur le réchauffement de la planète (187 états signataires) et le traité sur les armes légères, néfaste à son économie. Heureusement, les cutters ne relevaient pas de cet accord. Voila un chef d'état, à peine représentatif, qui s'associe avec un état terroriste qu'il ne connaît pas, le Pakistan, principal soutien des Talibans, moyennant 3 milliards de dollars, pour partir en croisade, sans preuves vérifiables, contre un pays de gogols moyenâgeux certes, mais pas vraiment menaçant pour l'extérieur. Des demeurés qui perdent leur temps à casser des statues de leurs ancêtres et à criminaliser l'usage du PQ, sous prétexte que le nom de leur dieu ou prophète aurait pu y être marqué dans le passé! De là à leur balancer des bombes de 750kg (200 mille dollars?) pour détruire un vieux camion, il y a de quoi rigoler, surtout le gamin qui s'est fait ouvrir en deux par une bombe à fragmentation. Il est vrai que les Talibs ont des missiles stinger, cadeau de la CIA aux moujahidines pour lutter contre les soviets; un des commandants formés et armés ainsi par les ricains s'appelait Osama, et ce n'était pas un cheval blanc, même s'il est devenu l'idole des jeunes. Effets pervers de la pseudo-démocratie mais réelle ploutocratie américaine.
Avec leur système électoral, en y mettant le paquet, même une marque de fromage peut acheter un président, comme la mafia s'est payé Kennedy pour tenter de conserver ses casinos et bordels à Cuba. Un peu comme le Paris-Dakar, avec du fric on s'achète l'équipe qui vous portera à la victoire. Et la banane, parlons-en de la banane! les cow-boys ont mis l'Europe à genoux en lui imposant de ne plus favoriser ses ex-colonies et d'acheter aussi des fruits américains; quand on sait que ces bananes viennent des immenses exploitations implantées en Amérique Latine par des multinationales US, ça laisse songeur... C'est que leurs bananes, grosses et jaunes bien qu'insipides (OGM?), on en trouve jusqu'en Egypte, pays producteur de bananes, qui mange dans la main d'USAID depuis l'attentat de Louxor; et se laisse envahir insidieusement par le mode de vie Malboro.
Tiens d'ailleurs c'est en Egypte que j'ai eu droit, il y a deux ans, à un rectificatif de l'histoire. Selon la CNN, lors des "frappes chirurgicales" sur Bagdad, je pouvais siroter mon thé à la menthe sans souci, seul mon méchant voisin serait touché. Ces 'frappes chirurgicales' auraient tué en fait plus de 50000 enfants de moins de quinze ans... cinquante mille. Sans doute des 'sauvageons' potentiels. On comprend que les chirurgiens américains assurent leurs doigts de fées. Sans compter les innombrables monstres à la Minamata qui continuent de naître là-bas; l'uranium appauvri, si c'est mauvais pour les petits chéris surpayés qui le fourrent dans leur canon, ça doit pas être terrible d'en prendre sur la courge!
A côté de ça, on peut dire que Bin Loden a mené la frappe chirurgicale à des sommets d'efficacité, y compris l'excellent timing médiatique! Même Bin Truman n'avait pas pensé à l'impact télévisuel, lorsqu'il a signé la première attaque terroriste aérienne de l'histoire: plus de 200 mille victimes civiles et innocentes, d'un coup, hommes, femmes, enfants, chiens, chats, puces et poissons rouges. Quel scoop si la CNN avait existé à l'époque! Genre, "Bin Truman bat les jaunes, omelette aux champignons record à Hiroshima-Nagasaki". Certains Japonais ont quand même dû rigoler. Le 11 septembre, peut-être pas en 1945.
Bon si vous en avez marre de me lire, vous pouvez lancer une souscription pour m'offrir une télé satellite, une fois bien abruti là-devant je n'aurai plus besoin de méditer.
Minuit, les chacals échangent leurs adresses avec les chiens du village. Joyeux Noël à toute la planète, joyeuse fin de vie à tous ceux qui vont mourir d'ici là!
Petite pondaison inspirée
par les paroles d'un groupe Nouvelles Fondrières guidé début
2000 sur les pistes d'Egypte, à l'époque où je ne choisissais
pas mes 'clients'
. Je leur avais pourtant expliqué que les Egyptiens,
ce n'étaient pas les 'Arabes' qu'ils voyaient en France, et que ces
braves gens étaient en somme chez eux, avec leur civilisation qui en
vaut bien une autre. C'est sorti tout seul, après trois semaines consternantes
de médiocrité :
Un apache local me débite dans le jardin un énorme tronc au merlin depuis deux jours, encore un ou deux jours normalement; il y en aurait pour 6 heures de tronçonneuse, mais que ferait d'autre ce brave homme? Et puis l'investissement de départ, les pièces détachées et la maintenance? Je dispose aussi de la perceuse manuelle la plus perfectionnée du village, celle avec une manivelle sur le côté, et qu'on peut utiliser seul; l'autre modèle techno requiert deux personnes: une qui maintient l'outil, et l'autre qui tire sur la ficelle préalablement enroulée sur le tambour. Même chose pour la pelle, comme en Egypte, ce merveilleux outil se négocie à deux, l'un qui pousse, l'autre qui tire sur une corde fixée au bas du manche, c'est le partage du travail bien pensé. Dans le même ordre des choses, je n'ai pas encore vu de brouettes en Inde; à 15FF/jour pour un manuvre qui porte ses 10 briques sur la tête, pourquoi s'endetter pour une brouette? J'ai monté un mur et me suis brûlé les mains au ciment; on ne trouve pas de gants de protection ici, les tâches manuelles sont réservées aux basses castes.
Bon je vous avais prévenu qu'on serait hors-sujet; considérez cela comme une récré que je m'offre entre deux sériosités; et vous n'êtes pas obligé de lire la suite de mes âneries, le reste du site se lit très bien sans ça. Je vois d'ici les cris d'orfraie de Lolo, "mais Beernaard, tu sabordes ton site!!! tu veux être sûr de ne pas avoir de clients!!!". Des clients non, des passagers participants pourquoi pas? Au moins ils sauront avec quel énergumène ils risquent de se retrouver s'ils viennent! Et puis tiens, Laurent, je laisse sur le site tes textes pour l'Indonésie, comme ça tu auras peut-être le style de 'client' qui correspond au tien.
Bon, la nuit est là, les ours sortent de la forêt, ils se rapprochent de ma petite maison dans la prairie, encore une nuit de terreur blotti sous la couette! Demain, si j'ai survécu, je transfère mes élucubrations sur la toile d'araignée.
En fait je préfère écrire ainsi, sans imposer la lecture d'un mail collectif, forcément sans saveur, salut Sara. Comme ça ceux qui veulent des nouvelles fraîches n'ont qu'à visiter les sites de temps à autre; ce sera l'occasion de donner de vos nouvelles aussi.
Bon je vais donner à bouffer à l'abruti de canin domestique qui dort toute la journée devant ma porte, et laisse entrer malandrins et autres chiens en remuant la queue, le chien pacifiste, non territorial, le plus inutile que j'ai rencontré! il se laisse piller sa gamelle par les autres crustacés, sous sa truffe! il dort et remue la queue quand j'arrive (au moins je lui fais de l'effet). Et quand des vaches viennent bouffer mes fleurs, il faut que j'aboie à sa place et que je le jette sur elles pour obtenir un semblant de résultat. En général il se recouche de suite en remuant la queue, pour s'excuser de son inutilité. Et il n'est pas perclus de rhumatismes, en fait il a le look Croc-Blanc, impressionnant au début, et puis on s'aperçoit vite que c'est de la gonflette.
Enfin le chien est à l'origine de la pensée du jour: "J'ai perdu la foi la première fois qu'une puce m'a piqué" Marc-Aurèle (...)
Si l'on considère le postulat qui veut que les hommes finissent par mourir, est-ce qu'il ne paraît pas dérisoire de se démener à vouloir laisser à tout prix la marque de son passage? La plupart se contentent de procréer, c'est la méthode créatrice qui demande le moins de talent. Heureusement d'ailleurs, car tout le monde et n'importe qui a le potentiel de devenir Adolf ou Monfreid, Bénito ou Bonnot, Georges Buisson ou Bin Lepen, Picasso ou Franco, tout cela n'est qu'une question de passer à l'acte, de saisir l'opportunité, et surtout d'Oser ('Audentes fortuna juvat' la fortune sourit aux Oseurs, plus q'aux audacieux). Est-il bien nécessaire de s'enferrer dans des situations sans issue? Pourquoi finit-on souvent par négliger l'essentiel de la vie au profit de "trivial pursuits"? comment certains en arrivent-ils à devenir prisonniers de leur Fonction, oubliant qu'ils sont avant tout des mammifères accoutrés d'un uniforme? Comment peut-on prendre la vie au sérieux? ce n'est après tout qu'une passade. Imaginons qu'un soldat se penche sur ces ténébreuses pensées, finie la guerre pour lui. Ca me rappelle St Exupéry, trop rêveur pour être un bon pilote, sa carrière fut une suite de crashs aériens, et affectifs.
Ah ben tiens, l'affectif, ce
mot qui handicape tant d'occidentaux. Depuis que, sans effort apparent, je
me suis éloigné de la conception d'attachement aux personnes
ou aux choses, non seulement j'ai atteint un niveau de sérénité
remarquable, une vraie qualité de vie, mais en plus je n'ai jamais
eu autant de succès, chez les créatures de tous bords. Pchh!
Vade retro!! Tout simplement parce que je ne trimballe plus ma brouette d'affectif,
comme tant d'occidentaux. Après ma part de déboires de ce côté,
je l'ai abandonnée progressivement, sans presque m'en apercevoir. Le
succès vient du fait que je n'ai plus besoin des autres, qui sentent
là un répit dans leur propre quête; un peu comme des naufragés
en pleine mer, chacun cherche une bouée, mais quel soulagement d'apercevoir
enfin une île qui tient debout sans support extérieur. Comment
ça, horriblement prétentieux? Sans doute... Mais non, tout simplement
je suis seul ce soir, et bien avec moi-même, ça en devient inquiétant,
bientôt une semaine que je ne suis pas descendu au village, à
200m de mon jardin; mais bon j'ai de la visite, trop même, quand il
s'agit de visiteurs anodins, ou portés sur l'argent, comme d'autres
sur la boisson. Et puis j'écris, j'écoute de la musique, je
lis, parfois je me fais un bon repas, tranquille, serein. Caramba, est-ce
que je serais en train de vieillir? Non non pas un seul cheveu blanc; et le
fait de me poser un moment dans une maison de l'Himalaya, sans emploi autre
que la crêperie que j'y ai montée, sans projet précis,
n'est pas un signe inquiétant de stabilité, de sédentarité.
Je ne suis pas encore mûr pour la bonne ornière qui mène
droit à la fosse commune des illusions perdues.
Tout ce que j'ai voulu vivre ou faire jusqu'à présent, je l'ai
fait. Et comme on dit dans les papillotes, 'mieux vaut avoir des remords pour
ce qu'on a fait que des regrets de ne pas l'avoir fait'.



